Un vrombissement d’abeilles, le chant profond d’une baleine, le coassement d’un crapaud ou les grincements quasi inaudibles des chauves-souris : voilà les sons qui composent la nouvelle bande-son de la planète sauvage. Ce n’est pas un disque de relaxation, mais un outil scientifique ambitieux baptisé Worldwide Soundscapes, dévoilé cette semaine par l’INRAE et publié dans la revue Global Ecology & Biogeography. Ce projet inédit est porté par Kevin Darras, écobiologiste français basé à l’INRAE Val-de-Loire. Partant du constat que les enregistrements de sons animaliers sont trop souvent conservés de façon isolée, il a imaginé une plateforme mondiale de mutualisation des données acoustiques. Depuis trois ans, il a rassemblé 350 experts de 57 pays, de l’océan aux forêts, des grottes aux zones polaires. Le résultat : une base de 409 jeux de données couvrant 12 309 sites d’enregistrement sur tous les continents.
De l’enregistrement au partage : vers une surveillance mondiale du vivant
Les sons collectés, souvent après des heures d’attente silencieuse, permettent de suivre la répartition des espèces, leurs comportements, et les effets du changement climatique. Ils révèlent aussi la présence de nouvelles espèces, parfois invasives, et peuvent servir à détecter les perturbations dans les écosystèmes. Mais l’enjeu est aussi scientifique et méthodologique. Worldwide Soundscapes sert de bibliothèque vivante, accessible à toute la communauté scientifique, afin d’éviter les redondances, faciliter la collaboration et valoriser les travaux existants. Chaque enregistrement est référencé comme une entrée d’un dictionnaire sonore : lieu, date, espèce entendue, fréquence… Tout est documenté. Reste à affiner l’analyse, espèce par espèce, grâce aux oreilles expertes des chercheurs. Dans un monde où la biodiversité s’effondre à un rythme alarmant, ce projet offre une nouvelle forme de vigilance, une mémoire sonore de la nature, collective et mondiale. Écouter devient un acte de science, et peut-être, un jour, un outil de protection.