Les « menaces de groupes terroristes visant à déstabiliser le gouvernement de transition en Syrie » ont poussé les ministres de l’Intérieur allemande Nancy Faeser et autrichien Gerhard Karner à annuler une visite non annoncée en Syrie à la dernière minute, selon des médias autrichiens.
Les ministères de l’Intérieur à Berlin et Vienne ont confirmé que des menaces de sécurité avaient conduit les deux ministres à annuler leur visite « seulement quelques heures avant », mais n’ont pas précisé la nature de ces menaces. Le journal autrichien Krone a rapporté que les informations reçues par les services de renseignement allemands et autrichiens faisaient état de menaces émanant de groupes extrémistes cherchant également à empêcher le gouvernement syrien de transition de subir « l’influence occidentale ».
Les deux ministres avaient prévu de se rendre de la Jordanie en Syrie ce matin (jeudi), mais ont décidé d’annuler le voyage à la dernière minute et de le reprogrammer à une date non annoncée. Les préoccupations sécuritaires ont incité les deux parties, allemande et autrichienne, à ne pas rendre publique cette visite, qui incluait également le Liban et la Jordanie. Ils devaient rencontrer des responsables du gouvernement de transition à Damas ainsi que des organisations humanitaires de l’ONU opérant en Syrie pour discuter de la coopération sur le retour des Syriens en Autriche et en Allemagne.
La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avait visité Damas la semaine dernière pour rouvrir officiellement l’ambassade allemande, fermée depuis 2012. Cependant, des préoccupations sécuritaires ont poussé l’ambassade à fonctionner avec des capacités limitées malgré sa réouverture. L’ambassade allemande à Beyrouth continue de traiter les questions consulaires.
Depuis la chute de Bachar el-Assad à la fin de l’année dernière, l’Allemagne et l’Autriche ont suspendu le traitement des demandes d’asile syriennes en attendant des éclaircissements sur la situation sécuritaire. Berlin hésite à commencer le renvoi des réfugiés syriens, dont le nombre atteint environ un million, arrivés depuis 2012, et déclare qu’elle prend son temps avant de donner de nouvelles directives au bureau des réfugiés pour prendre des décisions concernant les demandeurs d’asile syriens.
Parmi les 975 000 Syriens arrivés en Allemagne au cours des 15 dernières années, environ 10 000 doivent quitter le pays, la plupart étant sous interdiction de déportation temporaire en raison de la situation en Syrie.
Cependant, l’Autriche, qui accueille un nombre bien moindre de Syriens, environ 100 000, a adopté une position plus stricte depuis la chute de Bachar el-Assad. En plus de suspendre le traitement des demandes d’asile syriennes, le pays a entamé des démarches pour retirer l’asile à 2 400 Syriens, et a récemment décidé de stopper le regroupement familial des réfugiés syriens permettant à leurs familles de les rejoindre dans le pays.
Les ministres allemand et autrichien ont déclaré que l’objectif de la visite était de se concentrer particulièrement sur les moyens de renvoyer les réfugiés syriens criminels. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur allemand a indiqué que « l’Allemagne et l’Autriche travaillent de manière intensive pour renvoyer les Syriens ayant commis des crimes ou constituant des menaces pour la sécurité en Syrie, dans les plus brefs délais ». Il a ajouté que ces questions doivent être abordées avec le gouvernement de transition, mais que les menaces ayant poussé les ministres à annuler leur visite « démontrent que la situation sécuritaire en Syrie reste fragile ».
L’Allemagne a exprimé ses inquiétudes concernant les violences survenues dans les villes de la côte syrienne il y a trois semaines. Toutefois, elle continue de chercher à renvoyer les Syriens criminels, insistant sur le fait qu’elle ne renverra pas les Syriens intégrés dans le marché du travail allemand et n’ouvrira la voie au renvoi forcé que sur une base volontaire.
L’inclusion de Faeser aux côtés de Karner dans la visite prévue en Syrie suggère que Berlin pourrait se rapprocher de la position autrichienne concernant les réfugiés syriens, surtout avec la formation attendue du nouveau gouvernement allemand, qui devrait être dirigé par le parti chrétien-démocrate. Ce dernier adopte une position plus stricte que l’actuel gouvernement dirigé par les sociaux-démocrates. Le parti social-démocrate de Faeser participera au nouveau gouvernement en tant que petit partenaire et devra suivre les politiques du parti chrétien-conservateur en matière de réfugiés.
Le parti conservateur de Friedrich Merz, le chancelier attendu, a proposé des plans sévères concernant les réfugiés, notamment l’arrêt complet du regroupement familial et l’arrêt de l’accueil des demandeurs d’asile aux frontières. Le gouvernement devrait se former à la mi-avril après un accord entre les deux partis sur les plans à mettre en œuvre.