Le gouvernement travailliste britannique envisage sérieusement de supprimer la limite de deux enfants imposée aux allocations sociales versées aux familles, une politique instaurée en 2017 sous les conservateurs et largement critiquée pour son rôle dans l’aggravation de la pauvreté infantile. Cette réflexion s’inscrit dans un contexte de remaniement stratégique, alors que le Parti travailliste cherche à enrayer une chute de popularité préoccupante à peine un an après son arrivée au pouvoir.
Après des résultats électoraux locaux décevants au début du mois de mai, marqués par une progression significative du parti de droite populiste Reform UK de Nigel Farage, aujourd’hui en tête dans certains sondages, le gouvernement de Keir Starmer multiplie les signaux d’ouverture à un assouplissement de certaines mesures d’austérité héritées des précédents gouvernements conservateurs. La semaine dernière déjà, le Premier ministre avait laissé entendre qu’il pourrait revenir sur une réduction des aides au chauffage d’hiver pour les personnes âgées.
Interrogée mardi sur Times Radio, la ministre de l’Éducation Bridget Phillipson a déclaré que la suppression du plafond des allocations familiales faisait « partie des options sur la table ». Elle a précisé qu’un groupe de travail sur la pauvreté infantile examinait « de nombreuses manières » de s’attaquer à ce fléau, tout en soulignant l’impact des réformes de la sécurité sociale mises en œuvre par les conservateurs, que les travaillistes n’auraient pas initiées.
Depuis son retour au pouvoir en juillet dernier, le Parti travailliste a maintenu plusieurs réductions de prestations sociales, arguant de la nécessité de restaurer l’équilibre budgétaire après ce qu’il qualifie de mauvaise gestion financière par les conservateurs. La position du gouvernement sur le plafond des allocations familiales a d’ailleurs été à l’origine de tensions internes : sept députés travaillistes avaient été suspendus pendant six mois après avoir voté en faveur de son abrogation, une mesure que l’exécutif est aujourd’hui en train de reconsidérer.
Parmi eux, John McDonnell, figure de l’aile gauche du parti, a dénoncé l’hypocrisie d’un revirement tardif. « Cette mesure permettrait de sortir des centaines de milliers d’enfants de la pauvreté », a-t-il insisté, appelant le gouvernement à cesser de tergiverser. « Arrêtez de retarder et faites-le », a-t-il déclaré, rappelant qu’il avait été vivement attaqué pour avoir défendu cette position que plusieurs ministres semblent désormais prêts à endosser.
Alors que la pauvreté infantile reste un enjeu majeur au Royaume-Uni, les débats autour du plafonnement des allocations pourraient devenir un marqueur clé de la politique sociale du gouvernement Starmer, tiraillé entre l’impératif de rigueur budgétaire et la pression croissante pour adopter des mesures plus progressistes.