WASHINGTON – Par un vote à une voix près, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté jeudi un projet de loi tentaculaire de réduction d’impôts et de dépenses voulu par le président Donald Trump, qui mettrait en œuvre les grandes lignes de son programme politique tout en creusant considérablement la dette nationale. Le texte, long de 1 100 pages, a été validé par 215 voix contre 214, malgré l’opposition unanime des démocrates et de deux républicains. Un troisième républicain s’est abstenu, tandis qu’un quatrième a manqué le vote, s’étant endormi.
Le projet de loi prévoit de prolonger les baisses d’impôts instaurées en 2017, d’en introduire de nouvelles pour les pourboires et les prêts automobiles, et d’augmenter les dépenses dans la défense et le contrôle des frontières. Il prévoit également la suppression de nombreuses incitations aux énergies vertes promues sous l’administration Biden, tout en durcissant l’accès aux programmes sociaux comme Medicaid et les bons alimentaires. Le texte financerait également une campagne d’expulsion massive, avec un objectif d’un million de personnes par an.
Selon le Bureau du budget du Congrès (CBO), organisme indépendant, la législation ajouterait environ 3 800 milliards de dollars à la dette fédérale sur la prochaine décennie, portant celle-ci à plus de 124 % du PIB. Les Républicains, qui contrôlent de justesse la Chambre, ont dû faire des concessions de dernière minute pour obtenir les voix nécessaires, avançant notamment la mise en œuvre de certaines restrictions sociales et élargissant des déductions fiscales pour séduire l’aile centriste du parti.
Du côté des marchés, la réaction a été immédiate : le dollar a chuté de plus de 10 % depuis janvier et les rendements des bons du Trésor à 30 ans ont atteint leur plus haut niveau depuis 2023. Les valeurs du secteur des énergies renouvelables ont été durement touchées, en raison de la suppression prévue des subventions qui leur sont accordées. Certains investisseurs craignent que la montée en flèche de la dette publique et les incertitudes politiques n’érodent la confiance dans les actifs américains.
Les démocrates ont fustigé un texte jugé injuste et régressif, accusant la majorité de favoriser les plus riches au détriment des ménages modestes. Selon le CBO, les 10 % les plus pauvres des foyers verraient leurs revenus nets diminuer, tandis que les plus aisés bénéficieraient d’allégements substantiels. Le représentant Jim McGovern a dénoncé une « arnaque fiscale conçue pour voler le peuple américain ».
Le texte doit désormais être examiné par le Sénat, lui aussi contrôlé par les républicains, mais où il pourrait être amendé après plusieurs semaines de débats. En attendant, les tensions économiques et sociales autour de ce projet de loi pourraient continuer à monter à l’approche des élections générales.