TAIPEI — La Chine a intensifié mardi ses efforts pour consolider un front uni avec les pays d’Amérique latine contre la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump, appelant à une coopération renforcée au lendemain d’une trêve tarifaire temporaire conclue avec Washington.
Lors d’un forum avec les représentants de la CELAC (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes), le président chinois Xi Jinping a réitéré son rejet de toute politique de confrontation commerciale, déclarant que « personne ne sort vainqueur d’une guerre commerciale » et que « l’intimidation ou l’hégémonie ne mènent qu’à l’isolement ». Il a appelé à une solidarité accrue face à « la montée du protectionnisme et de l’unilatéralisme ».
Cette déclaration intervient alors que la Chine et les États-Unis ont convenu dimanche, à l’issue de discussions à Genève, de suspendre pour 90 jours les droits de douane qu’ils s’étaient imposés mutuellement, afin de permettre des négociations. Malgré cette accalmie, la Chine continue de dénoncer l’instabilité et l’imprévisibilité engendrées par la politique commerciale de Trump.
Xi a souligné la volonté de Pékin de renforcer ses liens avec l’Amérique latine à travers des échanges politiques, économiques, universitaires et sécuritaires. Il a annoncé une nouvelle ligne de crédit de 66 milliards de yuans (9,2 milliards de dollars) pour soutenir les financements régionaux et promis une hausse des importations chinoises en provenance de la zone, notamment dans les secteurs agricoles, énergétiques et miniers.
Déjà, la Chine a réorienté une partie de ses achats de produits agricoles stratégiques – comme le soja et le bœuf – vers le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, en réponse aux premières salves tarifaires américaines. Le commerce entre la Chine et la région a dépassé pour la première fois les 500 milliards de dollars en 2024.
Dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », Pékin a multiplié les projets d’infrastructures dans la région, dont des ports, des barrages hydroélectriques et des réseaux 5G. Le président colombien Gustavo Petro a annoncé lundi l’adhésion officielle de son pays à cette initiative, malgré les difficultés rencontrées récemment par certains projets chinois.
La Chine s’est aussi engagée à offrir chaque année, pendant trois ans, 3 500 bourses et à accueillir 300 membres de partis politiques latino-américains. Elle prévoit en outre d’exempter de visa les ressortissants de cinq pays de la région – bien que la liste n’ait pas encore été communiquée.
À Tokyo, la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, a appelé le Japon à défendre le système commercial multilatéral mis à mal par les hausses tarifaires américaines. Le Japon, toujours sans accord avec Washington sur les taxes sur l’automobile et les métaux, est invité à jouer un rôle de « champion » dans la réforme de l’OMC.
Tandis que la Chine avance ses pions diplomatiques et économiques, les marchés restent prudents. Après un premier rebond, les bourses mondiales et les cours du pétrole ont effacé une partie de leurs gains, soulignant que la trêve commerciale sino-américaine n’a pas dissipé les incertitudes sur la stabilité du commerce mondial.