Enquête sur Fahad Raja Muhammad, le militant frériste qui veut devenir maire de Strasbourg
Enquête sur Fahad Raja Muhammad, le militant frériste qui veut devenir maire de Strasbourg

À seulement 20 ans, Fahad Raja Muhammad veut conquérir Strasbourg. Étudiant en ingénierie informatique, il s’est fait connaître après avoir été évincé de son stage à l’Eurométropole de Strasbourg pour avoir publié une vidéo critique envers la municipalité écologiste. Depuis, il se présente comme un candidat « citoyen », incarnant un renouveau politique avec son propre mouvement, le Mouvement Populaire Indépendant (MPI). Mais derrière le ton apaisé et le costume bien repassé, se cache une trajectoire bien plus militante, inscrite dans la galaxie de l’islam politique.

Des racines dans la mouvance frériste

Avant d’endosser l’habit du jeune réformateur, Fahad Raja Muhammad a été président de la section strasbourgeoise des Étudiants Musulmans de France (EMF), la branche universitaire du mouvement des Frères musulmans. Loin d’être une simple association estudiantine, l’EMF est décrite dans un rapport des services de renseignement français, daté du 21 mai 2025, comme une « structure frériste » alignée sur le triptyque idéologique des Frères musulmans : prédication, éducation, action sociale. Ce rapport précise aussi que l’organisation agit « en cohérence avec les autres structures fréristes comme Musulmans de France (ex-UOIF) et le Femyso », réseau européen d’associations islamistes très influent à Bruxelles.,

l’EMF qu’il a dirigé n’a pas caché ses positions politiques : en 2022, l’organisation avait appelé à voter pour La France insoumise, un choix qui confirme son glissement vers la gauche islamo-identitaire. Et ce n’est pas tout : une enquête du Point révélait que l’EMF détenait 32 actions de la banque Al-Taqwa, soupçonnée de financer les réseaux d’Oussama Ben Laden. L’association avait tenté de se justifier en expliquant que cette banque « respectait les valeurs musulmanes ». Une défense qui en disait long sur l’idéologie sous-jacente.

De la prédication à la conquête du pouvoir municipal

Depuis, Fahad Raja Muhammad a troqué les bancs de l’université pour les trottoirs de Strasbourg. À la tête de son Mouvement Populaire Indépendant, il revendique une approche « citoyenne », vantant une ville « sans frontières entre ceux qui décident et ceux qui vivent ». Sur TikTok, il soigne sa communication, se mettant en scène dans les quartiers, auprès des jeunes, des seniors, des familles. Derrière cette mise en scène d’un activiste de terrain se dessine une stratégie claire : la normalisation du discours islamiste, dissimulé derrière un vernis social et inclusif.

Son collectif, la Maison des Projets Innovants, dont les femmes du bureau organise des maraudes, des nettoyages de quartiers, des tournois sportifs et des actions de solidarité. Autant d’initiatives qui servent à tisser un maillage communautaire fort, un terrain idéal pour transformer un engagement associatif en plateforme politique. Dans ses vidéos, il appelle à « construire une démocratie participative », mais les termes employés rappellent étrangement la rhétorique frériste : « écouter avant de décider », « agir pour toutes et tous », « bâtir à hauteur du peuple ». Des mots qui séduisent, mais dont le sens réel peut être bien plus idéologique qu’humaniste.

Fahad Raja Muhammad n’en est pas à son premier coup d’éclat. Lors de son stage à la mairie, il avait publiquement critiqué sur TikTok la décision écologiste d’éteindre les lumières de la cathédrale, accusant la municipalité de plonger la ville « dans l’obscurité et l’insécurité ». L’épisode lui a valu son renvoi, mais aussi une notoriété soudaine. Depuis, il se présente comme la victime d’un « système » hostile à la liberté d’expression. Une posture victimaire qui séduit une partie des jeunes Strasbourgeois, sensibles à son discours anti-élite.

Ses meeting de rue diffusés sur ses réseaux sociaux, souvent organisés dans les quartiers nord de la ville, attirent un public majoritairement composé de femmes voilées, preuve d’un ancrage communautaire assumé sous couvert d’un discours d’unité populaire.

De La Prédication À La Conquête Du Pouvoir Municipal

Mais c’est un autre épisode qui révèle la nature de son combat : celui de la polémique sur les Bains municipaux de Strasbourg. Fahad Raja Muhammad avait défendu sur les réseaux sociaux l’idée d’instaurer des horaires réservés aux femmes, au nom du « respect des convictions religieuses ». Une revendication qui avait provoqué un tollé, dénoncée comme un cheval de Troie du séparatisme islamiste. Pour la droite strasbourgeoise, cette position illustre la ligne directrice de son engagement : importer dans la sphère publique les exigences de la religion.

L’ambition d’une nouvelle génération islamiste

Ses déclarations, son réseau et sa trajectoire traduisent une mutation du militantisme islamiste en France. Finie la confrontation directe, place à l’entrisme politique. Comme d’autres issus de la mouvance frériste, Fahad Raja Muhammad adopte une communication policée, un ton rassembleur et un vocabulaire participatif. Il ne parle plus d’islam, mais de « citoyenneté », de « justice sociale » et de « solidarité ». Pourtant, derrière cette novlangue républicaine, se joue une stratégie de long terme : s’ancrer dans les institutions pour influencer la société de l’intérieur.

À Strasbourg, capitale européenne de la démocratie et de la laïcité, cette candidature prend une portée symbolique. Elle interroge sur la capacité de la République à résister à une forme de conquête douce : celle d’un islam politique qui avance sans afficher ses couleurs. L’histoire récente de la ville (subvention de la mosquée Eyyub Sultan, tensions communautaires, dérives de l’écologisme local…)  offre un terrain fertile à ce nouveau visage du militantisme frériste.

Sous ses airs de jeune réformateur, Fahad Raja Muhammad incarne une génération qui a appris à naviguer entre communication moderne et idéologie ancienne. De l’université à la mairie, de la da’wa à la démocratie locale, le parcours est cohérent. Et redoutablement efficace. Strasbourg pourrait bien devenir, demain, le laboratoire de cette nouvelle stratégie islamiste : celle qui conquiert les urnes à visage découvert, mais sous les habits de la République.

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