LONDRES — Pour la première fois depuis la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2020, un sommet bilatéral réunira lundi à Londres le Premier ministre britannique Keir Starmer et les hauts dirigeants de l’UE, dont Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. L’objectif affiché : rebâtir une relation plus étroite, dans un climat apaisé après des années de turbulences post-Brexit.
Depuis son arrivée au pouvoir en juillet, Keir Starmer s’est employé à normaliser les relations entre Londres et Bruxelles. Bien qu’il ait exclu tout retour dans le marché unique ou l’union douanière, le Premier ministre travailliste souhaite négocier un accord « plus avantageux » pour le Royaume-Uni que celui conclu par son prédécesseur Boris Johnson. Il espère notamment réduire les obstacles non tarifaires et relancer des coopérations dans des domaines clés comme la sécurité, la défense et la jeunesse.
Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ont nettement ralenti depuis le Brexit, entravés par de nouvelles formalités administratives et des contrôles coûteux aux frontières. Si les droits de douane ont été évités, les barrières techniques ont pesé lourdement sur les entreprises britanniques, en particulier dans les secteurs agroalimentaire et culturel. Des milliers de professionnels ont également vu leurs activités restreintes par les nouvelles règles de visas.
Ce premier sommet, qui devrait devenir un rendez-vous annuel, abordera plusieurs chantiers, dont un projet de mobilité des jeunes, sur le modèle des accords déjà conclus avec l’Australie ou le Canada. Il permettrait aux jeunes Européens et Britanniques de vivre et travailler temporairement de part et d’autre de la Manche. Un sujet politiquement sensible, perçu par certains pro-Brexit comme un retour déguisé à la libre circulation.
Autres sujets attendus : un possible alignement réglementaire sur les normes agricoles afin de fluidifier les exportations alimentaires, des liens énergétiques renforcés et la relance d’un pacte de pêche, point historiquement conflictuel dans les discussions UE-Royaume-Uni. Sur ce dernier point, les négociations s’annoncent ardues, tant la symbolique reste forte, notamment pour la France et les communautés côtières britanniques.
Keir Starmer joue gros dans ce rapprochement avec l’Union. Son parti, bien qu’au pouvoir, a vu sa cote de popularité s’éroder ces derniers mois, notamment après une percée du parti populiste Reform UK lors des élections locales. Une nouvelle dynamique avec Bruxelles pourrait être vue comme une trahison du Brexit par une partie de l’électorat, d’autant que le contexte international reste imprévisible, avec un Donald Trump à nouveau installé à la Maison-Blanche.
Mais pour le chef du gouvernement britannique, il y a urgence à redresser une économie affaiblie par l’isolement commercial. Et selon ses mots, « cette nouvelle étape avec l’Union européenne apportera des bénéfices concrets aux emplois, aux factures et à nos frontières ». Reste à savoir si l’équilibre fragile entre réalisme économique et impératif politique tiendra le cap.