L’Assemblée nationale a vécu un moment inédit dans la nuit de vendredi à samedi : la partie « recettes » du budget 2026 a été rejetée à la quasi-unanimité. Sur 489 votants, 404 députés ont dit non, 84 se sont abstenus… et un seul a voté pour. Il s’agit du député Liot Harold Huwart, qui a défendu son choix en estimant qu’« un pays ne peut pas se permettre de rester sans budget ». Dans un hémicycle totalement éclaté politiquement, le rejet global était attendu tant le texte avait été profondément modifié par une avalanche d’amendements contradictoires.
Un texte dénaturé et une majorité introuvable
Au fil des débats, la gauche et le Rassemblement national ont fait adopter plusieurs hausses d’impôts, comme une taxe visant les multinationales ou le retour de l’exit tax, tandis que la droite LR obtenait la suppression du gel du barème de l’impôt sur le revenu ou la désindexation des heures supplémentaires. Résultat : un projet budgétaire incohérent, qualifié d’« insincère » par le premier ministre Sébastien Lecornu, incapable de rallier les voix nécessaires sur une ligne claire.
Face à l’échec à l’Assemblée, le texte part désormais au Sénat, qui repartira de la version initiale du gouvernement. La droite sénatoriale promet déjà de « tout réécrire », avant une probable commission mixte paritaire pour tenter d’arracher un compromis. Mais même en cas d’accord, l’Assemblée pourrait à nouveau bloquer, obligeant potentiellement l’exécutif à recourir à une loi spéciale ou à reprendre la discussion en janvier.
Le gouvernement continue d’afficher son optimisme, assurant que la nécessité d’éviter un « shutdown » finit par convaincre peu à peu les députés. Mais à ce stade, une chose est certaine : jamais un budget n’avait été rejeté avec une telle ampleur sous la Ve République, et la route vers son adoption s’annonce encore longue.