Boluarte accorde une grâce controversée aux forces de sécurité accusées d’exactions au Pérou
Boluarte accorde une grâce controversée aux forces de sécurité accusées d’exactions au Pérou

LIMA, 13 août (Reuters) – La présidente péruvienne Dina Boluarte a promulgué mercredi une loi accordant une grâce à des membres des forces armées et de la police accusés de violations des droits humains commises entre 1980 et 2000, période marquée par un conflit interne sanglant contre des groupes rebelles d’extrême gauche.

Le texte, adopté par le Congrès en juillet, s’applique aux militaires et policiers poursuivis ou condamnés pour des abus présumés survenus durant cette guerre interne, qui opposa notamment l’État péruvien au Sentier lumineux et au Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru. Cette période de deux décennies a fait des dizaines de milliers de morts, en grande majorité des civils, et demeure l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente du pays.

La décision a été prise malgré un appel formel de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui avait exhorté le gouvernement à ne pas promulguer la loi. L’institution, basée au Costa Rica, avait averti que cette mesure risquait de compromettre le droit des victimes et de leurs familles à obtenir justice.

Pour ses défenseurs, cette loi vise à reconnaître les sacrifices des forces de sécurité dans la lutte contre l’insurrection et à solder un chapitre douloureux de l’histoire nationale. Mais pour les organisations de défense des droits humains, elle constitue une amnistie de fait qui efface la responsabilité des auteurs présumés de crimes graves, notamment des disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires et actes de torture.

Ce geste de la présidente Boluarte risque d’attiser les tensions politiques et sociales dans un pays déjà divisé, tout en exposant le Pérou à de nouvelles critiques de la communauté internationale. Les associations de victimes et plusieurs ONG ont d’ores et déjà annoncé qu’elles étudieraient les recours possibles devant les juridictions nationales et internationales pour tenter d’annuler la loi.

Partager