Angela Merkel est sortie de sa réserve pour dénoncer une « erreur » après l’adoption mercredi au Bundestag de deux résolutions sur l’immigration grâce aux voix combinées de la CDU/CSU et de l’extrême droite de l’AfD, une première dans l’histoire récente de l’Allemagne.
L’ancienne chancelière, qui s’exprime rarement sur les choix de son parti, a critiqué la décision de Friedrich Merz, président de la CDU, de ne plus respecter l’engagement pris en novembre dernier de ne jamais s’associer à l’AfD. « Il est erroné de permettre, les yeux fermés, une majorité avec les voix de l’AfD », a-t-elle déclaré dans un communiqué, ajoutant qu’il était impératif de « rejeter les manœuvres tactiques » et de préserver le consensus démocratique.
Les textes adoptés demandent notamment le refoulement systématique aux frontières des étrangers dépourvus de documents en règle, y compris les demandeurs d’asile. Ils font suite à un attentat au couteau commis par un Afghan en situation irrégulière à Magdebourg, ayant fait deux morts dont un enfant, un drame qui a secoué l’opinion publique et alimenté les débats sur la politique migratoire du pays.
La décision de la CDU de s’appuyer sur les voix de l’AfD a provoqué une vive réaction au sein de la classe politique allemande. Le chancelier Olaf Scholz (SPD) a dénoncé « une erreur impardonnable » et rappelé qu’un « consensus clair » avait toujours existé depuis la fondation de la République fédérale en 1949 : ne jamais s’allier avec l’extrême droite.
Friedrich Merz, candidat des conservateurs à la chancellerie pour les élections fédérales du 23 février, a de son côté assumé ce choix, revendiquant un durcissement de la politique migratoire et critiquant ouvertement l’héritage de Merkel, jugé trop laxiste sur cette question. L’AfD, de son côté, s’est félicitée de ce vote, parlant d’un « moment historique » marquant une « nouvelle ère » dans la politique allemande.