La bataille pour la présidence des Républicains agit comme un électrochoc : en l’espace de deux mois, le parti a triplé son nombre d’adhérents, passant de 44 000 à plus de 121 000. Le duel très médiatisé entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, tous deux prétendants au poste de chef du parti, a dopé les adhésions dans tout le pays, y compris à Paris, où le nombre de cartes est passé de 2 500 à plus de 7 000.
L’effet est immédiat : dans les permanences, les réunions publiques, les cafés politiques, le frémissement est palpable. Les deux camps ont multiplié les efforts pour enrôler un maximum de soutiens avant le scrutin interne des 17 et 18 mai. Si Retailleau, ministre de l’Intérieur, profite de sa stature gouvernementale, Wauquiez, lui, sillonne la France avec un discours de « rupture » contre le macronisme. Dans un bar parisien du XVe arrondissement, entre deux tranches de pizza, le député de Haute-Loire martèle : « L’avenir de la droite n’est pas de se dissoudre dans la Macronie mais d’offrir une alternative franche. »
Une droite qui veut croire à sa renaissance
Ce retour en force se mesure aussi à Paris, où LR a désormais plus de 10 000 encartés, loin devant le PS ou les Écologistes. Si certains dénoncent une opération massive de « fabrication de cartes » en vue du congrès, d’autres y voient les signes d’une droite qui retrouve son socle électoral, notamment dans l’ouest parisien. « La droite revient dans la capitale, on n’avait jamais connu ça de notre vivant », confient Henri et Carl, 23 ans, nouveaux militants. Cette effervescence militante, qui a vu ressurgir d’anciens adhérents déçus de Macron, de Le Pen ou même de Zemmour, ravive les espoirs d’une reconquête municipale, avec Paris en ligne de mire pour 2026.
Wauquiez, qui se rêve en candidat naturel pour 2027, veut ancrer sa ligne autour de l’autorité, de la baisse des dépenses publiques et d’un durcissement de l’État de droit. Il promet une loi spéciale pour construire des prisons, la possibilité pour le Parlement de contourner le Conseil constitutionnel, et la suppression de nombreuses agences administratives jugées coûteuses et inutiles. « Il faut que la droite cesse d’être une béquille », répète-t-il, en visant son rival, qu’il accuse de vouloir concilier présidence de LR et présence au gouvernement.
Une droite recomposée, mais encore fragile
Mais derrière ce renouveau apparent, les fractures restent vives. Les cicatrices de la guerre Fillon-Copé en 2012 ne sont pas refermées, et les rivalités internes demeurent. Le duel Wauquiez-Retailleau ne cache pas l’enjeu : verrouiller les investitures, faire émerger des figures, reprendre le contrôle du parti. Rachida Dati, soutenue par les deux camps, pourrait incarner un consensus pour reconquérir Paris, mais même elle reste prudente sur la capacité du parti à convertir cette mobilisation en votes.
En coulisse, certains cadres LR relativisent cet emballement. « Attention à ne pas confondre boom militant et réalité électorale », prévient un député. En 2022, Valérie Pécresse avait obtenu 4,78 % à la présidentielle malgré une base militante conséquente. Et surtout, Paris n’est pas la France. Plus diplômée, plus aisée, plus politisée, la capitale reste un laboratoire, pas un indicateur suffisant.