"Le pape Leo XIV reste 'Père Bob' pour les Augustins qui l'ont connu"
"Le pape Leo XIV reste 'Père Bob' pour les Augustins qui l'ont connu"

GENAZZANO, Italie — Une photographie récente du pape Leo XIV trône désormais dans le sanctuaire marial de Notre-Dame du Bon Conseil, à Genazzano, en Italie, aux côtés de fresques illustrant les visites papales passées. Ce cliché rappelle le moment où, deux jours après son élection, le nouveau souverain pontife est venu y prier. Pourtant, pour les quelques frères augustins qui desservent cette basilique perchée dans un village médiéval, ainsi que pour la communauté internationale de l’ordre, il demeure tout simplement « Père Bob ».

Leo XIV, autrefois connu sous le nom de Robert Prevost, a été supérieur général de l’ordre des Augustins. Il a aussi enseigné en séminaire et partagé la vie quotidienne des frères, vêtu de leur traditionnelle tunique noire ceinturée, avec large capuche. « Avec le Père Robert, alors Très Révérend Prieur Général, nous avons dû changer le nom, mais Père Bob… on se rend compte que la personne n’a pas changé du tout, c’est toujours lui », témoigne le Rév. Alberto Giovannetti, 78 ans, originaire de Genazzano et entré au séminaire à l’âge de 11 ans. Il se souvient d’un moment marquant en 2001, lorsque Prevost l’avait encouragé alors qu’il doutait de sa capacité à occuper un nouveau poste. « Il m’a dit : ‘Plus tu te sens inadéquat, plus tu es fait pour cela’ », se rappelle-t-il.

Cette humilité, centrale dans la spiritualité augustinienne, guide désormais le ministère de Leo XIV à la tête de l’Église catholique. Une approche fraternelle et introspective que le pape revendique ouvertement. Dès sa première bénédiction publique depuis la loggia de Saint-Pierre, il a affirmé sans détour : « Je suis fils d’Augustin, je suis augustinien », suscitant une immense fierté chez les membres de son ordre.

Fondé sur l’enseignement de saint Augustin, philosophe et théologien du IVe siècle, l’ordre des Augustins repose sur quatre piliers : la communauté, l’intériorité, la charité et l’obéissance. Pour le Rév. Lizardo Estrada, ancien élève de Leo XIV et aujourd’hui secrétaire général du Conseil épiscopal latino-américain, « on ne peut pas connaître Dieu en soi sans se tourner vers les autres, en particulier les plus vulnérables ».

Aujourd’hui, les quelque 3 000 frères augustins présents dans 50 pays perpétuent cet héritage. De Villanova aux États-Unis à Santo Spirito à Florence, en passant par les missions en Afrique ou la croissance de l’ordre en Asie, leur présence est discrète mais durable. Le Rév. Alejandro Moral, prieur général, rappelle que « la vérité n’est ni mienne, ni tienne, elle est nôtre. Il faut dialoguer pour la découvrir ensemble ».

Dans un contexte où l’Église est elle aussi traversée par des tensions internes, l’appel du pape à une unité centrée sur le Christ, dans l’esprit de saint Augustin, résonne profondément. Sa devise, in illo uno unum (« en Celui qui est Un, nous sommes un »), est un manifeste d’unité face aux divisions. « Ce n’est pas que nous soyons meilleurs que les autres, nous sommes tous les mêmes. Il faut dialoguer, respecter et aimer », conclut Moral. Pour les frères augustins, Leo XIV est plus qu’un pape : il est toujours leur frère.

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