C’était une journée à la fois de joie et de larmes à travers tout Israël. Les familles, les proches et les amis attendaient avec une émotion mêlée d’angoisse la libération des derniers otages encore en vie, détenus depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza.
Pour la famille d’Alon Ohel, ce lundi marquait le 738ᵉ jour depuis son enlèvement. Dans son village du nord du pays, ses amis, jeunes amateurs de musique comme lui, se sont levés d’un bond en découvrant son visage sur la retransmission en direct : il faisait partie des sept premiers otages remis à la Croix-Rouge par le Hamas au matin. Cris de joie, embrassades, sons de shofar, ces cornes rituelles juives qui annoncent les bonnes nouvelles, ont retenti dans la salle communale. À la mi-journée, treize autres otages étaient également libérés, portant à vingt le nombre final de survivants remis aux autorités israéliennes. « C’est le plus beau matin de ma vie. Je veux juste le serrer dans mes bras », a confié, la voix nouée, Noam Rozen, le cousin d’Alon, âgé de 24 ans.
Une attente interminable sur les hauteurs de Galilée
Depuis avant l’aube, des centaines de personnes s’étaient rassemblées dans le centre communautaire de Lavon, un petit village perché de Galilée. Tous savaient qu’ils allaient vivre l’un des jours les plus importants de leur existence : celui où les vingt derniers otages vivants de Gaza seraient rendus à la Croix-Rouge, puis remis à l’armée israélienne dans le cadre du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas. « J’ai dit à Dieu, il y a des mois : “Si Alon rentre à la maison, j’apporterai un shofar et je Le remercierai avec ça” », a confié Yaniv Shema Zion, ami d’enfance du jeune homme.
Vêtus de t-shirts à son effigie, les habitants agitaient des drapeaux, chantaient, priaient, puis s’immobilisaient en silence devant les images projetées en direct de Gaza. « Connaissant Alon, il n’y avait aucune chance qu’il ne revienne pas parmi nous », a déclaré sa tante, Nirit Ohel, tout en admettant que la famille demeure très inquiète pour son état de santé.
Touché à l’œil par un éclat d’obus lors de l’attaque du 7 octobre 2023 contre l’abri où il s’était réfugié, Alon porte encore les séquelles physiques de cette journée tragique.
Deux années d’enfermement et de privation
Enlevé au festival de musique Nova le 7 octobre 2023, Alon Ohel avait été capturé dans un abri portatif, en compagnie d’Hersh Goldberg-Polin, un Israélo-Américain mort en captivité en août 2024.
Selon Eli Sharabi, un autre otage libéré lors d’une trêve précédente, ils étaient enchaînés jour et nuit et ne recevaient qu’un morceau de pain rassis par jour.
Malgré ces conditions inhumaines, Alon est devenu un symbole d’espoir pour de nombreux Israéliens. Pianiste passionné, il inspirait les actions de sa mère, qui fit installer des pianos en son honneur dans tout le pays, à Jérusalem, près de l’hôtel de ville, mais aussi sur la grande place de Tel Aviv dédiée aux otages. « Elle voulait que les gens jouent, et qu’à travers la musique, ils lui envoient leur amour », explique encore Nirit Ohel.
Une nation marquée par le sort des otages
Depuis l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël, au cours de laquelle 251 personnes ont été enlevées, le sort des otages pèse lourdement sur la vie quotidienne du pays. Les affiches à leur effigie recouvrent les promenades côtières et les arrêts de bus, tandis que les rubans jaunes, symbole de leur captivité, ornent vêtements, voitures et jardins depuis plus de deux ans.
Chaque semaine, des veillées et manifestations étaient organisées à Tel Aviv et à Jérusalem. Dans les petites communautés, comme celle de Lavon, la solidarité s’est renforcée : on s’y rassemblait pour soutenir les familles, partager les nouvelles, prier et espérer.
Le pays tout entier a exulté lundi matin lorsque les premières images de la remise des derniers vingt otages vivants à la Croix-Rouge ont été diffusées dans le cadre de la trêve.
Une libération, mais pas la fin du deuil
Cette libération marque une étape vers la guérison collective, même si les blessures restent profondes. Les conditions physiques et psychologiques des rescapés demeurent incertaines. Par ailleurs, 28 autres otages, considérés comme décédés, doivent encore être rendus à Israël, une étape que beaucoup jugent essentielle avant de pouvoir tourner la page du drame.
Ce lundi avait une signification particulière pour les Juifs pratiquants : la date coïncidait avec Sim’hat Torah, la fête qui célèbre la fin et le recommencement du cycle annuel de lecture de la Torah. Une journée traditionnellement empreinte de joie, de danse et de gratitude.
Le 7 octobre 2023, le Hamas et d’autres groupes armés avaient pénétré en territoire israélien, massacrant environ 1 200 personnes et enlevant 251 otages. L’offensive israélienne qui s’en est suivie a causé la mort de plus de 67 000 Palestiniens selon le ministère de la Santé de Gaza, un organisme contrôlé par le Hamas mais dont les chiffres sont généralement considérés par l’ONU et les experts comme les plus fiables disponibles. La moitié des victimes seraient des femmes et des enfants.