Inde et Chine : un méga-barrage alimente les craintes d’une guerre de l’eau @Capture Reuters
Inde et Chine : un méga-barrage alimente les craintes d’une guerre de l’eau @Capture APNEWS

L’annonce de la construction par la Chine du plus grand barrage hydroélectrique du monde au Tibet ravive les tensions avec l’Inde, qui redoute une réduction massive du débit du fleuve Brahmapoutre. New Delhi estime que le projet pourrait diminuer jusqu’à 85 % le flux d’eau en saison sèche, selon une analyse gouvernementale et plusieurs sources proches du dossier.

Le barrage chinois, en cours d’édification sur le fleuve Yarlung Zangbo – qui devient le Siang puis le Brahmapoutre en traversant l’Inde –, alimente de profondes inquiétudes dans les cercles stratégiques indiens. Pékin, qui revendique des territoires dans l’Arunachal Pradesh, assure que l’infrastructure ne détournera pas l’eau. Mais l’Inde redoute que son rival n’utilise ce contrôle pour exercer une pression géopolitique.

Face à ce risque, New Delhi accélère ses propres projets. En mai, la principale société hydroélectrique indienne a déployé sous haute protection policière du matériel d’étude dans l’Arunachal Pradesh, en vue d’un futur barrage géant à Upper Siang. S’il voit le jour, il deviendra le plus grand ouvrage de ce type en Inde. Le Premier ministre Narendra Modi a convoqué en juillet une réunion de haut niveau pour discuter de l’accélération des travaux.

Ces projets se heurtent cependant à une résistance farouche des habitants de l’Arunachal Pradesh, qui craignent que leurs villages ne soient engloutis et que leur mode de vie soit détruit. Des protestations locales, parfois violentes, ont déjà freiné plusieurs initiatives depuis deux décennies.

Le fleuve, alimenté par le glacier Angsi au Tibet, est vital pour plus de 100 millions de personnes vivant en Chine, en Inde et au Bangladesh. Sa gestion est donc devenue un enjeu stratégique majeur dans une région où la rivalité sino-indienne s’exprime déjà sur le terrain militaire et territorial.

Ce bras de fer autour de l’eau illustre une nouvelle dimension de la compétition entre Pékin et New Delhi, qui dépasse désormais les frontières physiques pour toucher à la sécurité hydrique et à l’équilibre de toute l’Asie du Sud.

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