Les premières images satellites du site nucléaire iranien de Fordow, bombardé par les États-Unis le 22 juin, montrent des dégâts spectaculaires à la surface — mais le mystère persiste quant à l’état réel des installations souterraines. Bien que les analystes évoquent un impact massif des bombes anti-bunker américaines, capables de pénétrer jusqu’à 60 mètres de roche avant explosion, les experts admettent une chose : la destruction des centrifugeuses reste à ce stade impossible à confirmer.
Le site de Fordow, creusé au cœur d’une montagne près de Qom, est l’un des symboles de la stratégie de dissuasion iranienne : invisible, imprenable, et supposément à l’abri des frappes conventionnelles. Washington, en décidant de frapper ce site précis, a voulu frapper un coup psychologique autant que militaire, affirmant sa capacité à pénétrer les sanctuaires nucléaires ennemis. Selon certains experts, les bombes MOP (Massive Ordnance Penetrator) auraient percé six fois le flanc rocheux, signalant un bombardement d’une intensité rarement vue depuis les débuts des guerres préventives américaines.
Mais plusieurs analystes tempèrent cette victoire médiatique. Le chercheur Decker Eveleth souligne que la salle contenant les centrifugeuses – cœur du processus d’enrichissement de l’uranium – est située si profondément que même les meilleurs capteurs satellites commerciaux ne permettent pas d’évaluer les dégâts internes. Autrement dit, l’image de la montagne criblée de cratères ne dit rien de décisif sur la viabilité ou non du programme nucléaire iranien.
Plus inquiétant encore pour les stratèges américains : des informations circulent selon lesquelles du matériel nucléaire aurait pu être déplacé avant la frappe. Si cela se confirme, l’attaque aurait non seulement raté sa cible principale, mais donné à l’Iran une justification supplémentaire pour relancer ou durcir son programme, cette fois avec un soutien accru de la Russie et de la Chine.
Fordow n’est donc peut-être pas « fichu », comme l’a avancé un ancien inspecteur de l’ONU. Et même si le site est partiellement hors service, l’attaque a probablement renforcé la légitimité du programme nucléaire iranien aux yeux de la population et des alliés stratégiques de Téhéran. L’Iran, loin d’être dissuadé, semble désormais en position de contre-attaque diplomatique, voire militaire, en brandissant la carte du détroit d’Ormuz.
En résumé, les bombes ont bien touché leur cible, mais politiquement, c’est un pari risqué pour Washington. Car dans le bras de fer nucléaire, la vraie puissance ne se mesure pas seulement en cratères.