Yu-hsuan Lin, 27 ans, avait en main une lettre d’admission pour intégrer l’Université Harvard cet automne, un rêve nourri de longue date depuis son appartement à Taipei. Mais ce rêve a pris une tournure angoissante à la suite de la décision choc de l’administration Trump de suspendre la capacité de l’université américaine à accueillir des étudiants étrangers.
« Le chemin vers mon rêve est en réalité plus difficile et plus ardu que je ne l’imaginais. Il y a tellement d’incertitudes », a confié Lin à Reuters, visiblement émue. Arborant fièrement une casquette et un sweat à capuche siglés Harvard, elle se dit profondément touchée par une mesure qu’elle perçoit comme ciblant spécifiquement les étudiants internationaux. « Je pensais pouvoir faire face aux changements récents, mais cette décision nous vise directement. C’est pourquoi je suis un peu anxieuse. »
La mesure constitue une nouvelle escalade dans la campagne de l’administration Trump contre l’institution de l’Ivy League basée à Cambridge, dans le Massachusetts. Harvard a réagi avec vigueur, qualifiant cette décision de « violation flagrante » de la Constitution américaine et du droit fédéral. Un juge américain a temporairement bloqué l’exécution de la mesure, mais cela n’a pas suffi à apaiser les inquiétudes des futurs étudiants internationaux, dont le sort reste suspendu à une issue juridique incertaine.
Lin, qui n’a toujours pas reçu de visa, envisage désormais d’autres options. « Je pense que je reporterais mes études à Harvard, car ils ont dit que c’était l’une des possibilités, ou je postulerais probablement à des programmes de master en Europe ou au Royaume-Uni », a-t-elle expliqué.
Selon le ministère de l’Éducation de Taïwan, 52 étudiants taïwanais sont directement concernés par cette décision. Parmi eux, Vince, un autre étudiant qui devait entamer un master en santé publique à Harvard cette année, a également exprimé son désarroi. « C’est un rêve pour moi, venant d’une petite ville de Taïwan, de pouvoir étudier à Harvard », a-t-il déclaré. « Je pense que c’est ce que les États-Unis peuvent offrir de mieux. J’aimerais donc implorer le président de bien vouloir poursuivre cette générosité. »
Pour ces jeunes Taïwanais, comme pour de nombreux étudiants internationaux, la prestigieuse université représentait bien plus qu’un établissement : un symbole d’ouverture, d’excellence et de promesse d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, cette promesse semble fragilisée par des considérations politiques qui dépassent leur parcours personnel, laissant planer une incertitude qui va bien au-delà des frontières académiques.