Alors que le transport aérien mondial bat des records, la France décroche. Lors de son congrès annuel, la Fédération nationale de l’aérien (Fnam) a tiré la sonnette d’alarme sur le retard croissant du pavillon français. En ligne de mire : une fiscalité jugée punitive, en particulier la nouvelle taxe sur les billets d’avion, entrée en vigueur cette année. Avec une croissance des mouvements aériens limitée à 2 % en 2024, la France se classe 33e sur 40 pays européens. Et les projections pour l’été 2025 sont encore plus sombres : l’offre est en recul, signe d’un véritable ralentissement structurel. Pascal Izaguirre, président de la Fnam et dirigeant de Corsair, parle d’un « décrochage » inquiétant.
Une taxe sur les billets dans la ligne de mire
Au cœur de la contestation, la Taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), dont la hausse votée dans la loi de finances 2025 s’applique à tous les trajets, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Directement répercutée sur le prix final, elle pèse, selon les professionnels, sur la demande. Le surcoût cumulé pour le secteur serait estimé à 1,35 milliard d’euros cette année, sur un total de prélèvements s’élevant à 4 milliards. Valérie Boned, présidente des Entreprises du Voyage, dénonce une application chaotique et un impact immédiat, notamment pour les familles ultramarines. Elle parle d’un « enfumage fiscal », soulignant les nombreux allers-retours législatifs qui ont déstabilisé les compagnies, contraintes de collecter, rembourser, puis recouvrer la taxe.
Le secteur réclame un moratoire
Pour la Fnam, toute nouvelle taxe serait « une aberration ». Et les comparaisons avec l’Allemagne, où le trafic intérieur est tombé à 17 % de son niveau de 2019, servent d’épouvantail. D’autant plus que 20 des 27 pays européens n’imposent aucune fiscalité équivalente sur le transport aérien. La Suède, qui avait expérimenté une telle mesure, est même en train de revenir en arrière. Mais ces critiques ne convainquent pas les associations écologistes. Pour Réseau Action Climat, c’est au contraire l’absence de fiscalité sur le kérosène et les billets low cost qui permet aux compagnies d’attirer artificiellement la demande. À leurs yeux, l’urgence climatique impose une régulation du secteur aérien, trop longtemps épargné. En attendant, le ciel français reste chargé. Et pour les acteurs du secteur, la question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la survie à moyen terme.