Depuis l’investiture de Donald Trump, la monnaie unique s’est envolée : 1 euro valait 1,04 $ le 20 janvier, il en vaut 1,14 $ fin avril. Cet écart soulage le portefeuille des touristes à New York, mais il reflète surtout la faiblesse du billet vert plus qu’un regain de vigueur européenne. La croissance française reste anémique, plafonnant à 0,6 % ; nos usines tournent au ralenti et le « made in France » n’a pas soudain conquis de nouveaux marchés. Bref, l’euro fort est un cadeau tombé du ciel américain, pas le fruit d’une performance économique nationale. Dans l’immédiat, la hausse de l’euro allège la facture des importations libellées en dollars, notamment l’or noir : un pétrole moins cher apaise la pompe et redonne un peu d’air au pouvoir d’achat. Mais cette bouffée déflationniste peut vite se transformer en étranglement : l’inflation hexagonale, déjà basse à 1,3 %, risque de s’enfoncer sous la cible de 2 % fixée par la BCE, freinant la boucle salaires-prix et la dynamique de demande interne.
Compétitivité export : le revers de la médaille
Un euro plus cher signifie des Airbus, des parfums ou des bouteilles de Bordeaux plus coûteux pour les clients étrangers. Lors de la précédente envolée en 2014, une appréciation de 10 % avait amputé de 6 % les ventes hors zone euro : les exportateurs se préparent donc à serrer les dents, d’autant que la production manufacturière française manque déjà de souffle. Les entreprises américaines, elles, profitent d’un dollar dévalué pour écouler des biens à prix cassés ; même si la stratégie protectionniste de Donald Trump brouille leurs repères, l’avantage-prix reste tangible. À long terme, un euro trop haut pénalise la réindustrialisation et creuse l’écart de compétitivité entre les deux rives de l’Atlantique. La dette publique n’échappe pas à l’équation : puisque l’euro achète davantage de biens extérieurs, la montagne d’obligations libellées en monnaie européenne pèse plus lourd en valeur relative. Avec une croissance molle, la charge de la preuve budgétaire se fait plus oppressante — et les marchés, déjà nerveux, pourraient exiger des primes de risque plus salées.
Un répit fragile plutôt qu’une victoire durable
Le consommateur voit la note d’énergie baisser, mais ce répit tient à une configuration de marché volatile : un tweet protectionniste, une remontée des taux américains ou une crise géopolitique suffiraient à renverser le change. Sans investissement massif ni relance industrielle, la France risque de sortir affaiblie de cette parenthèse monétaire : moins compétitive, plus endettée et toujours dépendante des marchés extérieurs. L’euro fort n’est donc pas une victoire économique, mais un miroir trompeur ; pour le convertir en atout durable, il faudrait d’abord accélérer l’innovation, reconstituer des marges productives et redynamiser la demande intérieure. Faute de quoi, le prochain coup de balancier du dollar pourrait faire bien plus mal que la baisse actuelle ne nous soulage.