Déficit public : la Banque de France réclame un effort sans pause
Déficit public : la Banque de France réclame un effort sans pause

Le message est clair : la France ne peut plus se permettre d’attendre. Au lendemain de la dégradation de sa note souveraine par l’agence Fitch, le gouverneur de la Banque de France rappelle l’objectif fixé de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2029, ce qui suppose de maintenir un effort budgétaire de 44 milliards d’euros. L’alerte se veut ferme : reporter la trajectoire de redressement ferait perdre toute crédibilité et renchérirait encore le coût de la dette. Dans ses projections, l’institution met pourtant en avant deux signaux positifs : une inflation presque jugulée (1 % en 2025, sous les 2 % à partir de 2026) et une économie qui résiste mieux que prévu, avec une croissance légèrement relevée à 0,7 % pour cette année et 0,9 % pour 2026. Mais la réalité reste préoccupante : la France affiche aujourd’hui le déficit le plus élevé de la zone euro, et son ratio de dette ne cesse de croître.

Priorité aux dépenses, fiscalité en appoint

La ligne défendue par la Banque de France se concentre sur la maîtrise de la hausse des dépenses, jugée incontournable. L’idée n’est pas de réduire le modèle social, mais de freiner sa progression, pour que la dépense publique n’augmente pas plus vite que l’inflation. Selon le gouverneur, l’écart avec nos voisins représente neuf points de PIB, soit environ 270 milliards d’euros par an. Des mesures fiscales ne sont pas exclues, mais elles doivent rester limitées et ciblées. Jusqu’à un quart de l’effort total pourrait provenir de hausses temporaires, par exemple via la lutte contre certaines optimisations sur les hauts patrimoines. L’essentiel, les trois quarts, doit venir d’une maîtrise des dépenses. L’enjeu est aussi politique : pour que l’effort soit accepté, il doit apparaître équitable.

Une urgence politique et économique

Le retard pris dans l’adoption du budget accroît l’incertitude, pousse les Français à épargner au lieu de consommer et fragilise la confiance des marchés. Le gouverneur avertit : plus la France diffère les décisions, plus le redressement sera douloureux. Pendant que d’autres pays comme le Portugal, l’Italie ou les pays nordiques améliorent leurs comptes, la France risque de rester la « lanterne rouge » de l’Europe. L’avertissement est donc sans détour : la bataille du déficit n’est pas une option. Elle conditionne la capacité du pays à financer durablement son modèle social, ses investissements et ses services publics, sans être asphyxié par une dette dont la charge pourrait dépasser 100 milliards d’euros annuels d’ici la fin de la décennie.

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