Symbole d’une époque révolue, le chèque vit peut-être ses derniers jours dans l’administration française. À Bercy, une réflexion est désormais engagée pour en organiser la disparition progressive dans les services du Trésor public. La directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier, a confirmé début juillet aux syndicats que l’État envisage sérieusement de ne plus accepter ce moyen de paiement. Une échéance se dessine : la fermeture du dernier centre de traitement public, situé à Rennes, en 2027.
Un outil en voie d’extinction
Il fut longtemps le sésame pour s’acquitter des impôts, payer la cantine ou une amende. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : en dix ans, l’utilisation du chèque dans les paiements à l’État a chuté de 72 %, pour atteindre 39 millions de transactions en 2024, contre 140 millions en 2014. Dans la seule année écoulée, les volumes ont encore plongé de 20 %. Aujourd’hui, seuls 4,5 % des paiements vers le Trésor sont faits par chèque, représentant à peine 1 % des montants encaissés. Outre la désaffection des usagers, Bercy pointe le coût élevé et le taux de fraude plus important que pour les autres moyens de paiement. Depuis 2019, les paiements supérieurs à 300 euros sont d’ailleurs découragés via une majoration de 0,2 %.
Des fermetures déjà amorcées
En coulisses, l’administration a déjà taillé dans son dispositif : les centres de Lille et de Créteil ont fermé en 2023. Une partie de l’activité a été transférée au groupe privé Tessi. Seul subsiste le centre public de Rennes, qui ne traitait plus que 8,3 millions de chèques en 2024 avec un matériel vieillissant. Plutôt que d’investir dans sa modernisation, l’État pourrait s’en séparer à son tour d’ici deux ans. Une décision qui entraînerait la suppression d’une cinquantaine de postes, redoute la CFDT.
Incertitudes et résistances
La fin du chèque ne fait pas l’unanimité. Les syndicats alertent sur les risques d’exclusion pour les usagers âgés ou précaires encore attachés au papier. Si la carte bancaire, les virements ou les prélèvements se généralisent, le chèque reste le seul moyen gratuit pour l’usager. D’un point de vue juridique, son interdiction reste complexe. L’administration promet d’« accompagner » la transition avec des alternatives en ligne, mais aussi en espèces ou aux guichets. Les débats reprendront à l’automne. En coulisses, l’avenir du dernier bastion public du chèque semble déjà scellé.