Tout commence comme un roman noir mais c’est bien une salle d’audience, à Paris, qui sert de décor. Ouvert le 30 mars devant la cour d’assises spéciale, le procès de l’« affaire Athanor » arrive après six ans d’enquête et une instruction tentaculaire. Vingt-deux accusés, une cellule criminelle soupçonnée d’avoir arrosé le territoire de « contrats » d’intimidation, d’agression voire de meurtre, et cette idée qui dérange, celle d’un groupe ayant prospéré à l’ombre d’une loge maçonnique baptisée « Athanor », au point d’attirer des profils issus du renseignement.
Au coeur du dossier, une scène de surveillance en 2020, presque banale sur le papier. Deux hommes décrits comme venant de la DGSE sont repérés devant le domicile d’une cheffe d’entreprise ciblée, interpellés, puis la mécanique judiciaire s’emballe. L’arrestation relance des investigations plus anciennes, jusqu’à faire remonter un dossier lourd, celui du meurtre du pilote de rallye Laurent Pasquali, désormais intégré au procès et qui donne au dossier une gravité particulière, loin des seules opérations d’intimidation.
Quand le cloisonnement devient une ligne de défense
À l’audience, la cour tente de comprendre comment des militaires chargés de fonctions de contrôle sur un camp lié à la DGSE ont pu croire agir dans le cadre d’une mission « validée par l’État », certains allant jusqu’à évoquer une « exécution ». Les gradés entendus ont mis en avant la naïveté de certains subordonnés, la culture du cloisonnement et surtout ce mot qui change l’air de la pièce, « secret défense ». Il sert à expliquer les informations morcelées, les ordres incomplets, les zones grises laissées aux équipes sur le terrain, cette impression que l’on avance à la lampe torche dans un couloir où personne n’a le plan complet.
La tension est montée d’un cran quand l’ancien directeur de la DGSE Bernard Émié a été interrogé. Face à lui, une défense qui s’accroche à la frontière entre règles internes et initiatives opérationnelles, comme si tout se jouait sur quelques mètres entre obéissance et débordement. Dans ce type de procès, chacun le sait, la hiérarchie est un mot lourd, presque une ombre au-dessus des bancs, et la question devient moins celle des faits que celle de leur validation, de leur tolérance ou de leur ignorance.
Reste maintenant à démêler les responsabilités, une par une, sans se laisser avaler par l’argument du secret qui finit parfois par tout recouvrir. Les débats doivent se poursuivre pour préciser qui savait quoi, à quel niveau et à quel moment, avec cette difficulté propre aux affaires de renseignement, quand l’opacité est un réflexe autant qu’une consigne. Au bout du compte, c’est aussi une affaire de confiance publique qui se joue, celle d’un État capable de protéger ses méthodes sans laisser des dérives se cacher derrière les portes fermées.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.