L’affaire des viols de Mazan, qui avait suscité une forte émotion à l’international, revient sur le devant de la scène judiciaire à travers une nouvelle audience, cette fois consacrée à l’un des conseils de la défense. Ce mercredi, Nadia El Bouroumi sera examinée par le conseil de discipline de l’ordre des avocats d’Avignon, où elle exerce, pour des manquements présumés à la modération et à la délicatesse. Deux vidéos publiées au moment du procès sont au cœur du dossier, et leur réception, largement commentée, continue de diviser la profession.
Une communication qui a choqué pendant le procès
Les faits remontent à fin 2024, en plein retentissement médiatique du procès Pelicot. L’avocate avait alors diffusé sur les réseaux sociaux une première vidéo où on la voyait danser dans sa voiture sur un titre de Wham aux paroles évoquant un réveil soudain. Dans un contexte où la victime avait été droguée et plongée dans l’inconscience avant d’être agressée, cette mise en scène avait été jugée déplacée par la hiérarchie de l’avocate, qui avait immédiatement ouvert une procédure disciplinaire. Une seconde vidéo, publiée peu avant, avait également alimenté les critiques. On y entendait l’avocate commenter la diffusion en audience de photographies de la victime, dans des termes que plusieurs confrères avaient jugés inappropriés. Cette prise de parole hors prétoire, teintée de sarcasme, avait été perçue comme une banalisation d’éléments sensibles du dossier. Pour le bâtonnier, l’ensemble témoignait d’un comportement incompatible avec les exigences de retenue imposées par la profession. Il a requis dix-huit mois d’interdiction d’exercer.
La défense invoque la liberté d’expression et le contexte
Les conseils de Nadia El Bouroumi soutiennent que ses vidéos ont été sorties de leur contexte et mal interprétées. Selon eux, la première publication relevait d’une réponse provocatrice aux attaques dont l’avocate affirmait faire l’objet. Ils estiment que cette communication ne visait en rien la victime, mais cherchait à affirmer qu’il serait difficile de la réduire au silence. Concernant le commentaire diffusé à propos de l’audience, la défense parle d’un simple compte rendu, réalisé sur le ton qu’elle utilise habituellement sur son compte, et rappelle que l’avocate s’exprimait en dehors du tribunal. Pour ses représentants, la question soulevée dépasse la personne de l’avocate. Ils estiment que la procédure met en jeu la limite de la parole professionnelle sur les réseaux sociaux et rappellent que la liberté d’expression constitue un droit fondamental tant que les propos conservent un lien avec le débat public ou la défense des intérêts du client. S’ils reconnaissent que le ton employé peut déranger, ils affirment qu’il ne justifie pas une sanction lourde. Le conseil de discipline devra trancher entre ces deux lectures opposées, alors que la profession tente depuis plusieurs années d’encadrer l’usage des réseaux sociaux par les avocats. Dans ce dossier, le verdict dira si ces prises de parole relèvent d’un manquement déontologique ou d’un usage discutable mais autorisé de la liberté d’expression.