Cette fois, ce n’est pas dans une cour de promenade mais dans les couloirs feutrés de la procédure que la tension remonte. Franck Elong Abé, 39 ans, détenu présenté comme radicalisé, a fait appel de son renvoi devant la cour d’assises spéciale, juridiction composée uniquement de magistrats et chargée notamment des dossiers liés au terrorisme. Il est mis en cause dans l’agression mortelle d’Yvan Colonna, survenue le 2 mars 2022 à la maison centrale d’Arles, avant le décès du détenu corse le 21 mars à l’hôpital. Colonna, figure centrale et inflammable du dossier Érignac, purgeait une peine de réclusion criminelle à perpétuité, tout en clamant son innocence, quand son destin carcéral a basculé en quelques minutes.
Une bataille sur les mots, lourde de conséquences
Au cœur de l’appel, il y a une contestation de la qualification pénale, ce nerf discret qui change tout. La défense, par la voix de Me Benoît David, estime que « la qualification retenue tant d’assassinats que du lien avec une entreprise terroriste ne correspond pas à la réalité des faits » et demande que son client soit jugé « uniquement pour la réalité des faits commis ». Les juges d’instruction, eux, décrivent une scène d’« extrême violence »: des coups, puis un étouffement maintenu « plusieurs minutes », l’agresseur présumé allant jusqu’à prendre « le pouls » de sa victime. Leur ordonnance retient une « volonté de tuer » « sans équivoque » et un mobile lié à l’idée d’« éliminer un individu » en raison de sa croyance supposée, un élément qui ancre le dossier dans le champ terroriste aux yeux de l’instruction.
Dans la famille Colonna, l’appel est accueilli avec une méfiance froide, presque mécanique. Les avocats des parties civiles, qui représentent le frère et la sœur d’Yvan Colonna, soupçonnent une manœuvre visant à jouer la montre et à tirer profit de délais trop longs, quand l’autre camp voit surtout une lutte pour éviter une étiquette infamante. Eux dénoncent aussi un angle mort, l’absence de renvoi pour « association de malfaiteurs terroriste », et continuent de porter l’idée d’un assassinat « au nom de la raison d’État », signe que l’affaire, quatre ans après, reste une braise sous la cendre. Reste maintenant une étape décisive: l’audience à venir dira si la justice maintient le cap d’une affaire terroriste ou si elle resserre le dossier sur le seul crime commis entre quatre murs, avec en toile de fond une question qui revient toujours, celle des failles de la prison française.
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