Lorsque les secours arrivent ce 28 décembre à Ifs, près de Caen, la scène est glaçante. Un homme de 30 ans, feuille de boucher en main, hurle sa rage tandis que ses enfants et leur mère se terrent, terrorisés. Il faudra un tir de taser pour le neutraliser. À l’audience, ce n’est pas un homme ivre ou un criminel ordinaire qui comparaît, mais un individu rongé par des troubles obsessionnels sévères, devenu en huit ans un bourreau domestique. Derrière les murs de la maison, une lente descente aux enfers. Dans l’enregistrement produit par la victime, les mots claquent comme des gifles. Menaces de mort, insultes d’une violence rare, humiliations, propos glaçants adressés même à une enfant de sept ans. Une parole qu’aucun tribunal n’entend sans frissonner. Ce soir-là, la colère explose parce que le dîner n’est pas prêt. Un détail qui suffit à déclencher une tempête. L’obsession devient arme, la maladie justification.
Un quotidien gouverné par l’obsession
Le diagnostic est lourd : névrose obsessionnelle tyrannique. Le quotidien est un enchaînement de rituels absurdes et contraignants. Changement de chaussettes sept fois par jour, douche d’une heure et demie sans interruption, lavage compulsif des mains. La compagne doit suivre, obéir, adapter toute la vie familiale à la logique malade de celui qu’elle n’ose plus contredire. Les enfants, dès leur retour à la maison, doivent se déshabiller, se doucher, changer de vêtements. La maison est vide de vie sociale. Personne n’ose plus franchir le seuil. À l’audience, la parole se libère. La compagne évoque son épuisement, son sentiment de vide, la culpabilité et la peur permanente. Les enfants sont suivis par des psychologues. L’une a redoublé, toutes deux font des cauchemars. L’avocate dépeint un homme qui, sous couvert de trouble, contrôle tout : les horaires, les gestes, les mots. L’expertise parle d’un homme immature, irritable, incapable de tolérer la frustration. Un tyran domestique au vernis clinique.
La défense, elle, plaide l’altération du discernement
Elle décrit une dégradation progressive, une crise aiguë dans une mécanique mentale déjà abîmée. Le tribunal lui accorde cette circonstance mais n’édulcore pas sa responsabilité. La sanction tombe : un an de prison avec sursis, 24 mois de probation, obligation de soins, interdiction d’entrer en contact avec la victime ou de porter une arme, et l’obligation de suivre un stage contre les violences conjugales. Le tribunal a aussi ordonné le versement de 1 000 euros à chacune des trois victimes, ainsi que le remboursement des frais médicaux et judiciaires. La feuille de boucher, arme muette de cette nuit d’horreur, a été confisquée. Pour la victime, il ne reste qu’un verdict plus intime : « J’ai vécu huit ans d’enfer. »