Les enfants d’Ari Boulogne, fils présumé d’Alain Delon, ont officiellement relancé devant la justice française la procédure de recherche en paternité initiée par leur père en 2019, avant son décès en mai 2023. La cour d’appel de Poitiers, saisie du dossier après un long feuilleton judiciaire, rendra sa décision le 25 septembre prochain.
Une filiation contestée depuis plus de 60 ans
Né en 1962 de la chanteuse allemande Nico (membre du Velvet Underground), Ari Boulogne a toujours affirmé être le fils d’Alain Delon, fruit d’une liaison entre l’acteur et la musicienne. Ce dernier ne l’a jamais reconnu. Pourtant, Ari fut élevé dans son enfance par Édith Boulogne, la mère d’Alain Delon, dont il porte le nom de famille.
En 2019, Ari avait saisi le tribunal judiciaire d’Orléans, ville proche d’une résidence de Delon, pour obtenir une reconnaissance de paternité. Mais le tribunal s’était déclaré incompétent territorialement, décision confirmée en appel à Orléans en 2021. Alain Delon résidant officiellement en Suisse, la justice française s’était estimée incompétente pour traiter l’affaire.
Revirement de la Cour de cassation
La procédure a été relancée en mai 2024 après un arrêt crucial de la Cour de cassation. La plus haute juridiction judiciaire française a cassé la décision d’appel, estimant que la nationalité française du demandeur (Ari Boulogne) suffisait à fonder la compétence des tribunaux français, conformément à l’article 14 du Code civil.
Cette décision a ouvert la voie à un nouvel examen du dossier, désormais entre les mains de la chambre de la famille de la cour d’appel de Poitiers.
Une audience à huis clos, des positions figées
L’audience s’est tenue à huis clos. Ni les enfants d’Ari, ni les enfants légitimes d’Alain Delon, Anthony, Alain-Fabien et Anouchka Delon, n’étaient présents. Leurs avocats ont catégoriquement refusé de commenter l’affaire.
Selon Me Benjamin Chouai, avocat du fils d’Ari, Charles Boulogne, le parquet général n’a pas soutenu la démarche portée par les héritiers d’Ari. Les enfants Delon, pour leur part, s’opposent fermement à toute reconnaissance.
Une bataille de lois : droit français ou droit allemand ?
Au cœur des débats : la question du droit applicable. Le droit français impose un délai de dix ans après la majorité pour engager une action en recherche de paternité, délai largement dépassé dans ce cas.
Mais le camp Boulogne évoque la possibilité d’appliquer le droit allemand, celui de la mère de l’enfant, où aucun délai de prescription n’est imposé pour ce type d’action. Une application de la loi allemande pourrait donc permettre à la cour d’entrer en voie de reconnaissance, malgré le temps écoulé.
La décision de la cour d’appel de Poitiers est attendue le 25 septembre prochain. Si la filiation est reconnue, les enfants Boulogne pourraient être déclarés petits-enfants d’Alain Delon, avec toutes les implications juridiques, symboliques et patrimoniales que cela comporte. À l’inverse, un rejet scellerait définitivement l’impossibilité pour la lignée d’Ari d’être reconnue comme issue du célèbre acteur français.