Le premier film autorisé sur la vie du célèbre musicien américain se concentre sur un moment charnière de sa carrière : la création de Nebraska, un disque sombre et acoustique né dans l’isolement, loin du tumulte des stades et des tournées. Springsteen: Deliver Me from Nowhere, réalisé par Scott Cooper, sort au cinéma le 22 octobre.
Une plongée dans les heures les plus sombres du Boss
Plutôt que de raconter l’ascension complète de Bruce Springsteen, ce biopic fait le choix de l’épure : il s’ancre dans une période courte, entre 1981 et 1982, juste après le triomphe de The River. Loin de surfer sur le succès, le chanteur s’isole alors dans un appartement du New Jersey, tourmenté, en proie à des troubles intérieurs profonds. Refusant les attentes commerciales et le retour en studio avec son groupe, il s’enregistre seul avec une guitare et un magnétophone quatre pistes. Ce sont ces bandes, brutes et intimes, qui deviendront Nebraska.
Le scénario, adapté du livre Deliver Me from Nowhere de Warren Zanes, se construit autour de cette solitude créative. Jeremy Allen White incarne un Springsteen à la fois habité et replié sur lui-même, tandis que Jeremy Strong prête ses traits à Jon Landau, son manager et confident. Leur relation constitue le socle émotionnel du film : un dialogue constant entre doutes et fidélité artistique.
Une reconstitution soignée au service d’un portrait intérieur
Le réalisateur Scott Cooper, déjà familier des récits ancrés dans la musique, a opté pour une mise en scène dépouillée, fidèle à l’univers du disque. L’équipe artistique, avec notamment le chef opérateur Masanobu Takayanagi, recrée minutieusement l’ambiance de l’époque, jusqu’aux instruments originaux utilisés pour les sessions d’enregistrement. La lumière tamisée, les décors sobres et la lenteur assumée du montage donnent au film une atmosphère mélancolique qui fait écho au ton de l’album.
Le film ne s’attarde pas sur la notoriété ni sur les performances scéniques. Il préfère explorer les failles de l’homme derrière l’icône : ses souvenirs d’enfance marqués par un père instable, sa quête de vérité artistique, et le refus de se conformer aux attentes du succès. Quelques flashbacks viennent suggérer les origines de son mal-être, sans en faire une explication simpliste. Springsteen ressortira de cette épreuve transformé — et déterminé à faire entendre une autre voix, loin des refrains calibrés.