Regrets sincères ou posture hypocrite pour se défaire d’une sale image ? Frah, le chanteur de Shaka Ponk, a totalement fait la girouette concernant Bertrand Cantat, tueur de femme, qu’il avait vigoureusement soutenu. Shaka Ponk a ainsi publiquement regretté la collaboration enregistrée en 2011 avec Bertrand Cantat. Sur Instagram, il reconnaît que le groupe a commis une faute en participant au retour musical de l’ancien chanteur de Noir Désir, condamné à huit ans de prison pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003. À l’époque, Shaka Ponk avait invité Bertrand Cantat sur le titre Palabra Mi Amor, présent sur l’album The Geeks and the Jerkin’ Socks. Le 25 novembre 2011, les artistes avaient également interprété le morceau ensemble au Zénith de Paris, ainsi qu’une reprise d’Instant Karma de John Lennon. Cette apparition constituait le premier retour de Bertrand Cantat sur une scène parisienne depuis la mort de Marie Trintignant.
« On a fait de la merde et on le regrette sincèrement. »
Frah commence sa prise de parole en disant comprendre les réactions encore provoquées par cette collaboration. Il évoque « de l’incompréhension », « de la colère » et « de la douleur », avant de reconnaître sans détour la responsabilité du groupe. « C’était juste totalement débile de faire ce duo », déclare-t-il. Le chanteur affirme que Shaka Ponk a longtemps mal évalué la portée de cette décision et reconnaît aujourd’hui que cette collaboration a dépassé le simple cadre musical. Frah décrit une décision « complètement déplacée et grave », notamment à l’égard de Marie Trintignant, de ses proches et des femmes victimes de violences. Il formule ensuite des excuses directes : « On a fait de la merde et on le regrette sincèrement. »
Shaka Ponk pensait défendre la rédemption
Le chanteur revient également sur les raisons avancées par le groupe pour justifier ce duo. Les membres de Shaka Ponk défendaient alors le droit à la réinsertion après une condamnation et considéraient que Bertrand Cantat devait pouvoir reprendre une place dans la société après avoir purgé sa peine. Frah explique que le groupe entretenait un rapport particulier aux questions de prison, de rédemption et d’empathie. Cette conviction les avait conduits à soutenir Bertrand Cantat et à participer à son retour artistique. Il reconnaît désormais que ce raisonnement ne prenait pas suffisamment en compte la mort de Marie Trintignant, les violences conjugales et le message envoyé aux victimes. « On s’est trompé de combat, on s’est trompé de chemin. Et c’est impardonnable », affirme-t-il.
Le mouvement MeToo a changé son regard
Frah attribue une grande partie de cette prise de conscience au mouvement MeToo et aux témoignages de femmes victimes de violences. Il décrit MeToo comme une rupture qui lui a permis de comprendre des réalités qu’il n’avait pas perçues au moment de la collaboration avec Bertrand Cantat. « Ce qui nous a éclairés, en tout cas ce qui nous a fait sortir de cette léthargie cognitive, c’est MeToo », explique-t-il. Il estime que la parole féministe a permis à de nombreux hommes, dont lui-même, de mesurer la banalisation des violences physiques, conjugales et psychologiques. Le chanteur reconnaît que Shaka Ponk a manqué de lucidité en 2011. « Il y a un tas de mecs, dont je fais partie, qui ont compris des choses qu’ils n’auraient jamais comprises sans cette prise de parole féministe », déclare-t-il.
« Cantat n’aurait jamais dû remonter sur scène »
Frah va plus loin que le simple regret concernant l’enregistrement de Palabra Mi Amor. Il remet désormais en cause le retour scénique de Bertrand Cantat dans son ensemble. « Évidemment que Cantat n’aurait jamais dû remonter sur scène », affirme le chanteur. Il considère que Shaka Ponk a contribué à rendre ce retour possible en accueillant Bertrand Cantat sur son disque puis devant le public du Zénith de Paris. Selon lui, cette collaboration a placé le groupe aux côtés de ceux qui minimisaient ou toléraient les violences faites aux femmes. « On avait fait partie du problème. On était du côté de ceux qui se taisent, de ceux qui tolèrent ou qui cautionnent », reconnaît-il.
Un changement total par rapport aux déclarations de 2018
Cette prise de position rompt avec les propos tenus par Shaka Ponk plusieurs années après le duo. En 2018, Frah et Sam défendaient toujours leur choix au nom du droit à la rédemption. « Bertrand Cantat a commis quelque chose de très grave, mais on croit aussi que, comme n’importe quel prisonnier, il a le droit à la rédemption, le droit de reprendre sa place dans la société », expliquaient-ils alors. Ils affirmaient également avoir constaté chez lui une douleur, des regrets et un repentir qu’ils jugeaient sincères. Le groupe déclarait encore quelques mois plus tard : « Bertrand Cantat a payé, on n’est pas juge. » Frah abandonne aujourd’hui cette défense. Quinze ans après Palabra Mi Amor, il reconnaît que Shaka Ponk a participé à la réhabilitation publique et artistique d’un homme condamné pour avoir tué sa compagne, sans avoir suffisamment considéré la mémoire de Marie Trintignant ni la parole des victimes de violences. Mieux vaut tard que jamais…
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