Lors d’une interview accordée à la BBC, Elton John a vivement critiqué le gouvernement de Keir Starmer, l’accusant de “trahison” après que la Chambre des Communes a rejeté une série d’amendements visant à mieux protéger les droits d’auteur face à l’essor de l’intelligence artificielle. Le projet de loi controversé vise à permettre aux entreprises du secteur de l’IA d’exploiter des œuvres sans l’autorisation explicite de leurs créateurs, déclenchant une tempête dans le monde culturel. “Ce projet est criminel. Je me sens incroyablement trahi”, a déclaré Elton John dans une interview accordée à la BBC.
“Ils veulent spolier les jeunes artistes de leur héritage et de leurs revenus. Les membres de ce gouvernement sont des losers absolus. Je suis furieux.”
À 78 ans, l’artiste aux cinq décennies de carrière et aux multiples engagements philanthropiques se dit prêt à “se battre jusqu’au bout”, y compris en justice, contre ce qu’il considère comme un “vol à grande échelle”.
Une réforme favorable aux géants de la tech
Le cœur du projet de loi, soutenu par le gouvernement travailliste, propose une exception au droit d’auteur qui autoriserait l’utilisation massive de contenus à des fins d’entraînement d’algorithmes d’intelligence artificielle, sans besoin d’obtenir le consentement des auteurs, ni de les rémunérer. Les géants du secteur technologique y voient une opportunité pour accélérer l’innovation.
Le gouvernement argue que ces mesures sont essentielles pour maintenir la compétitivité du Royaume-Uni dans le domaine stratégique de l’IA. La secrétaire d’État à la Technologie, Maggie Jones, a mis en garde contre le “risque réel” que les innovateurs fuient le pays si des contraintes trop strictes sont imposées. « Nous ne devons pas décourager les pionniers de l’IA de choisir le Royaume-Uni comme terrain d’expérimentation », a-t-elle déclaré devant les Communes.
Le monde artistique vent debout
Pourtant, la fronde est massive du côté des artistes. Plus de 400 figures du monde musical et littéraire, parmi lesquels Paul McCartney, Dua Lipa, Coldplay, Sting et Kate Bush, ont signé une lettre ouverte la semaine dernière appelant à la défense des droits d’auteur face à l’automatisation croissante de la création artistique.
Les Lords, membres de la Chambre haute du Parlement, ont tenté de corriger le tir lundi en votant un amendement exigeant que les artistes soient informés et donnent leur consentement préalable avant toute utilisation de leur œuvre par une entreprise d’IA. Mais cette tentative de compromis a été balayée par les députés de la majorité travailliste à la Chambre des Communes.
« Comment un parti que j’ai soutenu peut-il tourner le dos aux artistes ? », s’est insurgé Elton John, qui avait publiquement soutenu les travaillistes lors des élections générales de juillet 2024. «Je regrette profondément ce soutien.»
Un débat de société plus large
Ce bras de fer entre culture et technologie dépasse les frontières britanniques. Dans l’Union européenne, des débats similaires sont en cours, notamment autour de la directive sur l’IA, tandis que les États-Unis s’apprêtent à statuer sur la protection des œuvres utilisées dans l’entraînement des modèles d’IA.
L’affaire soulève des questions fondamentales : à qui appartiennent les données culturelles ? Les artistes doivent-ils être rémunérés pour l’usage algorithmique de leurs œuvres ? Et jusqu’où les États doivent-ils aller pour favoriser l’innovation technologique au détriment de la propriété intellectuelle ?
Tandis que le texte poursuit son chemin parlementaire dans un climat de tension croissante, Elton John promet de maintenir la pression. “Je n’abandonnerai pas. C’est une question de justice, d’éthique, de respect pour tous ceux qui créent.”