La chanteuse Suzane a dévoilé ce jeudi 24 avril 2025 un titre bouleversant intitulé Je t’accuse, prélude à son prochain album prévu pour l’automne. Dans cette chanson intime et engagée, l’artiste révèle pour la première fois avoir été victime de violences sexuelles, tout en critiquant l’inaction persistante dans l’industrie musicale et la justice française.
Un cri de révolte et de libération personnelle
C’est un morceau viscéral que Suzane a présenté au public, un “exutoire” né “devant un piano, avec [ses] tripes”, comme elle l’a confié à l’AFP. La chanteuse, âgée de 34 ans, raconte comment, avant même de devenir artiste, elle a été victime de viol dans un cadre professionnel. À l’époque, elle dit avoir préféré taire sa douleur, n’ayant pas encore “sa plume pour se défendre”, éprouvant surtout de la “honte” face à ses cicatrices invisibles.
Le titre Je t’accuse s’inscrit dans une démarche plus large de libération de la parole, encouragée par les mouvements comme #MeToo. Toutefois, Suzane estime que cette dynamique reste insuffisante face aux carences de la justice. Dans cette chanson, elle interpelle directement la société et l’État, soulignant les défaillances judiciaires dans le traitement des violences sexuelles. Selon une coalition féministe citée par Franceinfo en 2024, 94 % des plaintes pour viol ont été classées sans suite en 2021 malgré une forte hausse des signalements (+164 % entre 2018 et 2022).
Un clip engagé et un appel à changer l’industrie musicale
Pour illustrer son message, Suzane a collaboré avec Andréa Bescond, réalisatrice engagée contre les violences sexuelles, pour la réalisation du clip. Celui-ci montre, en gros plan et sur fond noir, des visages de victimes connues ou anonymes. Parmi elles figurent notamment Muriel Robin, Catherine Ringer, la comédienne Charlotte Arnould – qui accuse Gérard Depardieu de viol –, et Miranda Starcevic, qui a porté plainte contre Lomepal. Le collectif Notre Ohrage et la Fondation des Femmes, bénéficiaire des droits d’auteur du morceau, sont également représentés.
La chanteuse en profite pour adresser un message direct à l’industrie musicale, dénonçant l’omerta qui entoure encore les prédateurs. “Tout le monde les connaît, mais tout le monde se tait”, déplore-t-elle auprès de l’AFP. Si elle n’a pas encore porté plainte contre son agresseur présumé, Suzane explique avoir choisi la musique comme premier vecteur de combat. “Je n’ai pas voulu citer son nom dans la chanson, je n’ai pas voulu lui donner de l’importance. Mais je voulais qu’il comprenne que mon combat, lui, est important, et que je le mènerai jusqu’au bout.”