Et si l’oreille absolue n’était pas un don inaccessible, réservé à quelques prodiges précoces comme Mozart ? Une nouvelle étude publiée dans Psychonomic Bulletin & Review par deux neuroscientifiques de l’université de Surrey, Yetta et Alan Wong, bouscule cette idée reçue : selon leurs résultats, cette capacité musicale fascinante peut bel et bien s’apprendre, même à l’âge adulte.
Un entraînement ciblé… et efficace
Les chercheurs ont conçu un programme d’apprentissage intensif de huit semaines, destiné à douze musiciens adultes, avec plus de vingt heures d’entraînement auditif par personne. Le principe ? Identifier les notes entendues – jouées au piano ou au violon – à partir d’un cercle affichant les douze noms de notes possibles. L’objectif était d’entraîner la reconnaissance des notes sans repère externe, uniquement à l’aide de la mémoire auditive.
Les résultats sont impressionnants : en moyenne, les participants ont appris à reconnaître sept notes avec une précision supérieure à 90 %. Deux d’entre eux sont même parvenus à identifier les douze notes de l’échelle chromatique, rapidement et sans erreur, atteignant un niveau comparable à celui des détenteurs “naturels” de l’oreille absolue.
Une faculté plus universelle qu’on ne le croyait
Ces résultats remettent en question la fameuse “période critique” : selon les modèles classiques, le cerveau perdrait la capacité de développer l’oreille absolue au-delà de l’enfance. Pourtant, l’étude prouve qu’avec la bonne méthode, des adultes peuvent y parvenir. “Il ne s’agit pas d’un miracle génétique, mais d’un apprentissage accessible”, souligne Yetta Wong. L’étude s’inscrit dans un courant plus large de recherches qui montrent que nos capacités cognitives, même complexes, sont bien plus malléables qu’on ne l’imaginait.
Une nouvelle frontière de la cognition musicale
Bien que certains mystères demeurent – pourquoi certaines personnes semblent-elles y parvenir plus vite que d’autres ? –, les scientifiques prévoient d’explorer plus en profondeur les mécanismes cérébraux à l’œuvre, à l’aide d’IRM et d’électroencéphalogrammes. En attendant, cette étude ouvre des perspectives prometteuses pour la pédagogie musicale et pourrait démocratiser une compétence longtemps considérée comme élitiste. L’oreille absolue, désormais, ne serait plus un don… mais un objectif.