Le monde du jazz pleure l’un de ses piliers. Jack DeJohnette, batteur d’exception et figure majeure du jazz contemporain, est décédé ce dimanche 26 octobre à Kingston, dans l’État de New York, à l’âge de 83 ans, des suites d’une insuffisance cardiaque. L’annonce a été faite ce lundi sur ses réseaux sociaux officiels, et confirmée par son assistante Joan Clancy auprès de l’AFP. L’artiste est mort paisiblement, entouré de sa famille et de ses proches.
Récompensé en 2012 par le prestigieux titre de NEA Jazz Master, décerné par le Fonds national pour les Arts aux États-Unis, DeJohnette laisse derrière lui une carrière exceptionnelle, marquée par son éclectisme et son engagement musical total. Pianiste dès l’enfance, il se tourne vers la batterie à l’adolescence, et s’impose rapidement comme l’un des instrumentistes les plus inventifs et polyvalents de sa génération.
Une carrière au cœur des révolutions musicales du jazz
Né à Chicago en 1942, Jack DeJohnette fait ses premières armes dans les années 1960, notamment aux côtés de Charles Lloyd ou encore de Sun Ra. Mais c’est en 1969 qu’il entre dans l’histoire, en intégrant le groupe de Miles Davis pour enregistrer l’album Bitches Brew, disque fondateur du jazz fusion. Avec ce projet audacieux, où il côtoie Wayne Shorter, Joe Zawinul ou Dave Holland, DeJohnette devient l’un des artisans de la transition électrique du jazz.
Son style, à la fois souple, percussif et inventif, lui permet de traverser les styles : free jazz, jazz-rock, funk ou R&B. Il collabore avec Bill Evans, Stan Getz, Herbie Hancock, Chick Corea, Freddie Hubbard, Pat Metheny ou encore Abbey Lincoln. Dès les années 1970, il lance ses propres formations, dont le quartet Special Edition, salué par la critique, ou encore Directions et New Directions, publiés sous le label ECM.
Trente ans d’osmose au sein du trio de Keith Jarrett
L’un des volets les plus marquants de son parcours reste sans doute le trio formé avec le pianiste Keith Jarrett et le contrebassiste Gary Peacock dans les années 1980. Baptisé “Standards Trio”, le groupe revisite le répertoire classique du jazz avec une liberté et une élégance saluées dans le monde entier. Ce trio mythique donnera des centaines de concerts à travers le monde jusqu’en 2014. Après le retrait de Jarrett pour raisons de santé en 2018, et la disparition de Peacock en 2020, DeJohnette restait le dernier membre actif de cette formation emblématique.
Même s’il était surtout reconnu comme batteur, DeJohnette enregistrait aussi parfois au piano, son instrument d’origine. Lauréat de deux Grammy Awards sur huit nominations, il a publié plusieurs dizaines d’albums au fil de sa carrière, et son dernier enregistrement remonte au début des années 2020.
Une vague d’hommages unanimes
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient dans le monde du jazz. Le saxophoniste Charles Lloyd a salué sur les réseaux sociaux « un musicien intuitif, un grand batteur, qui apportait sa propre vision à chaque note ». Pat Metheny a partagé une sobre photo en noir et blanc, tandis que Christian McBride, Nate Smith, John Scofield ou encore Sonny Rollins ont également exprimé leur reconnaissance.