Eurovision 2025 : la deuxième place d’Israël fait trembler le concours
Eurovision 2025 : la deuxième place d’Israël fait trembler le concours

À peine le rideau tombé sur la 69e édition de l’Eurovision que déjà, des fissures apparaissent dans le consensus fragile qui unit ses participants. La deuxième place d’Israël, représenté par la chanteuse Yuval Raphael, suscite depuis plusieurs jours une vague de protestations en Europe. Non pas pour des raisons artistiques, mais sur fond de soupçons d’irrégularités dans les votes, de pressions politiques et de désaccords profonds quant à la légitimité même de cette présence au concours.

Un télévote qui interroge

Sur scène à Bâle, Yuval Raphael a reçu 297 points du public européen – un chiffre colossal, qui l’a propulsée juste derrière le vainqueur autrichien. Or, cette adhésion populaire massive contraste de manière troublante avec les notes attribuées par les jurys professionnels : seulement 60 points au total. Certains pays affichent même un écart spectaculaire, à l’image de l’Espagne ou de la Belgique, où la candidate israélienne a décroché les 12 points du public sans obtenir la moindre voix des experts. Une dissonance qui a poussé plusieurs télévisions nationales à exiger des explications formelles sur la méthodologie et la transparence des votes.

À Madrid, la chaîne publique RTVE a demandé un audit à l’Union européenne de radio-télévision, estimant que les documents reçus à l’issue du concours ne justifiaient pas suffisamment les résultats. Du côté flamand, la VRT a envisagé de suspendre sa participation future si les inquiétudes sur le déroulement du vote n’étaient pas prises en compte. Quant à l’Islande, elle a rejoint l’Espagne et la Belgique dans leur demande d’éclaircissements, soulignant que le système de vote, censé être équilibré entre experts et téléspectateurs, risquait de perdre toute crédibilité s’il ne répondait pas aux standards attendus.

Un concours sous tension politique

Derrière ces requêtes se profile une fracture plus large, celle de la place d’Israël au sein d’un concours présenté comme apolitique. Depuis plusieurs mois, la présence du pays divise. L’Espagne, qui a reconnu l’État palestinien en 2024, s’était déjà opposée à cette participation. Lors de la demi-finale, les commentateurs espagnols avaient brièvement évoqué la guerre à Gaza, déclenchant la menace d’une amende de la part de l’organisation. Le Premier ministre Pedro Sanchez a depuis pris la parole, appelant à une cohérence dans les exclusions : si la Russie a été écartée après l’invasion de l’Ukraine, pourquoi Israël resterait-il éligible malgré le conflit en cours ?

Loin de se cantonner aux bulletins de vote, la polémique s’étend aux moyens déployés pour assurer le soutien populaire à la candidate. Une chaîne YouTube dédiée à sa chanson « New Day Will Rise » a diffusé des vidéos promotionnelles dans différentes langues, spécifiquement ciblées sur les publics européens autorisés à voter. Au total, plus de huit millions de vues ont été comptabilisées. Par ailleurs, les réseaux sociaux officiels du gouvernement israélien ont relayé massivement ces contenus, ce qui pourrait contrevenir au règlement du concours, censé interdire toute instrumentalisation politique.

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