Alfred Brendel, maître du piano et penseur de la musique, s’est éteint à 94 ans
Alfred Brendel, maître du piano et penseur de la musique, s’est éteint à 94 ans

Le grand pianiste autrichien Alfred Brendel est mort mardi 17 juin à Londres, à l’âge de 94 ans. Figure incontournable de l’interprétation des œuvres de Beethoven, Schubert et Mozart, il laisse une empreinte majeure dans l’histoire de la musique classique, aussi bien par son jeu que par ses réflexions sur l’art. Également écrivain et conférencier, ce musicien érudit avait pris sa retraite de la scène en 2008, après soixante ans d’une carrière marquée par une quête d’exigence artistique et de profondeur intellectuelle.

Un parcours singulier, entre autodidaxie et rigueur viennoise

Né en 1931 à Wiesenberg, aujourd’hui Loučná nad Desnou en République tchèque, Brendel grandit à Graz, en Autriche, et se forme presque seul au piano. Après un passage remarqué au Concours Busoni de 1949, il entame une carrière discrète, jalonnée d’enregistrements pour des labels indépendants. Ce n’est qu’au début des années 1970 que sa renommée s’affirme, notamment grâce à un concert londonien salué par la critique. Il s’installe alors à Londres et signe un contrat avec le label Philips, amorçant une série d’enregistrements de référence.

Passionné par Beethoven, Schubert et Mozart, Brendel se distingue par une approche analytique de la musique, mariant clarté du jeu et précision de la pensée. Il n’a cessé de revisiter les mêmes œuvres, particulièrement les sonates et concertos de ses compositeurs de prédilection, tout en défendant des pièces moins jouées comme le Concerto pour piano d’Arnold Schoenberg, qu’il a gravé à trois reprises. Il fut également un partenaire prisé en musique de chambre, notamment aux côtés du baryton Dietrich Fischer-Dieskau.

Un musicien philosophe resté actif après la scène

Alfred Brendel fait ses adieux au concert en décembre 2008, au Musikverein de Vienne, interprétant le Concerto « Jeunehomme » de Mozart sous la direction de Charles Mackerras. Mais son retrait de la scène ne marque pas la fin de son engagement musical. Il continue de transmettre son savoir lors de master classes et de conférences à travers le monde. Parmi ses élèves, plusieurs pianistes de renom, tels que Paul Lewis ou Kit Armstrong, reconnaissent son influence déterminante.

Homme de lettres, Brendel a également publié de nombreux essais et recueils de poèmes, traduits en français chez Christian Bourgois et Buchet/Chastel. Il refusait les concerts en plein air, fuyant les distractions du monde extérieur pour se consacrer pleinement à la musique. Sa passion pour la littérature, le cinéma et l’architecture nourrissait sa conception exigeante de l’interprétation.

Le Royal Philharmonic Society a salué sur X un « géant au toucher empreint de tendresse », tandis que le violoncelliste Steven Isserlis a rendu hommage à « un modèle de civilisation », rapporte l’AFP. Jusqu’au bout, Brendel aura incarné une vision humaniste et rigoureuse de l’art. Il laisse derrière lui quatre enfants, dont Adrien Brendel, violoncelliste, ainsi que quatre petits-enfants.

Partager