Mohammad Marwan se souvient encore du moment où il a quitté, hébété et pieds nus, la prison de Saydnaya dont les portes avaient été ouvertes par les groupes rebelles avançant vers Damas. Arrêté en 2018 pour avoir tenté d’échapper au service militaire, il avait traversé quatre centres de détention avant d’atterrir dans ce sinistre complexe devenu l’un des symboles des abus du régime déchu. Les violences, les humiliations et les tortures qu’il décrit continuent de marquer son quotidien, malgré une année de liberté passée à tenter de reconstruire sa santé et son équilibre psychologique.
Un pays brisé par un demi siècle de répression
À l’image de Marwan, la Syrie peine à se remettre de cinquante années de pouvoir autoritaire et de quatorze ans de guerre civile. La chute surprise d’Assad, en décembre 2024, a laissé derrière elle un pays morcelé, ruiné et profondément traumatisé. Des centaines de milliers de morts, des millions d’exilés et des infrastructures dévastées composent aujourd’hui le paysage d’un État dont les institutions se relèvent à peine. Dans le nord ouest, les groupes insurgés ayant renversé le régime tentent d’établir une gouvernance fragile, tandis que l’économie s’effondre et que les divisions communautaires persistent.
Les centres de soins et d’accompagnement psychologique, comme celui où Marwan reçoit une thérapie, sont débordés par l’afflux d’anciens détenus et de civils blessés par les années de violence. Dans de nombreuses régions, la reconstruction reste au point mort faute de moyens et de coordination entre les nouvelles autorités. Les familles cherchent toujours des disparus, les fosses communes continuent d’être découvertes et les tribunaux improvisés tentent tant bien que mal de traiter les crimes du passé.
Un an après la fuite d’Assad, l’euphorie de la libération a laissé place à une réalité plus dure. Les Syriens, brisés mais déterminés, tentent de reconstruire leur vie dans un pays dont la guérison sera longue et incertaine. Pour Marwan, comme pour des millions d’autres, la liberté n’a pas effacé les cicatrices mais représente au moins un début de renaissance.