Le cessez-le-feu récemment instauré dans la province syrienne de Soueida, à majorité druze, peine à se matérialiser sur le terrain. Malgré les engagements annoncés par Damas, des tirs nourris de mitrailleuses et des bombardements ont été entendus samedi dans la ville et ses environs, selon des journalistes de Reuters présents sur place. L’accord, soutenu par des médiations arabes et américaines, semble déjà fragilisé, alors que la région reste en proie à une violence intercommunautaire aiguë.
Les forces de sécurité du gouvernement islamiste en place à Damas se sont officiellement déployées dans le sud du pays, appelant toutes les parties au calme après près d’une semaine de combats sanglants ayant coûté la vie à plusieurs centaines de personnes. Mais les tirs persistants et la présence de milices armées dans Soueida mettent à mal les efforts de pacification. Aucun bilan officiel des victimes de la journée de samedi n’a encore été communiqué.
Le président par intérim Ahmed al-Sharaa, qui a succédé au pouvoir après la chute de Bachar al-Assad en décembre dernier, a reconnu les difficultés à stabiliser la région. Dans un discours télévisé, il a salué les efforts de médiation internationaux, tout en dénonçant les frappes israéliennes menées ces derniers jours contre les forces syriennes et la capitale. « Nous appelons à une désescalade immédiate. Tous les Syriens doivent œuvrer ensemble à la paix, quelle que soit leur confession », a-t-il déclaré.
Mais sur le terrain, la réalité reste volatile. Les affrontements opposent notamment des factions druzes à des groupes bédouins, dans un contexte de rivalités anciennes exacerbées par le vide sécuritaire. Des échanges de tirs entre combattants druzes et forces gouvernementales ont également été signalés, faisant craindre une reprise plus large des hostilités malgré les engagements diplomatiques.
Cette flambée de violence constitue un nouveau défi pour le pouvoir central, dominé par des islamistes depuis la chute du régime Assad. Soueida, bastion traditionnellement druze, n’avait pas été au cœur du conflit syrien ces dernières années, mais elle est désormais le théâtre d’affrontements meurtriers entre communautés locales et troupes étatiques. Les tensions ethniques et religieuses, conjuguées à l’instabilité politique à Damas, compliquent toute tentative de rétablissement durable de l’ordre.
Un ministre israélien, sous couvert d’anonymat, a vivement critiqué Ahmed al-Sharaa, l’accusant de « se ranger du côté de ceux qui s’en prennent à la communauté druze » et d’« entretenir volontairement le chaos ». De son côté, Israël a mené plusieurs frappes aériennes cette semaine, affirmant agir pour protéger les Druzes syriens — une minorité également présente sur son propre territoire.
Alors que les efforts diplomatiques s’intensifient pour sauver la trêve, la province de Soueida reste suspendue à un équilibre fragile. Le risque d’un embrasement général n’est pas écarté, et les civils, pris en étau entre factions rivales et forces étatiques, continuent de payer le prix fort d’une paix toujours hors de portée.