Israël a commencé à assouplir ses restrictions de sortie de la bande de Gaza, permettant à un nombre croissant de Palestiniens de fuir l’enclave dévastée par la guerre. Selon plusieurs témoignages de familles concernées, d’universitaires et de diplomates étrangers, environ un millier de Gazaouis ont été autorisés à quitter le territoire ces derniers mois, souvent dans le cadre de programmes humanitaires soutenus par des pays européens.
Parmi eux figure Ayed Ayoub, un ingénieur et universitaire de 57 ans qui vivait en France avant de revenir à Gaza. Lui, sa femme et leurs quatre enfants ont finalement pu fuir l’enclave en avril, après plus d’un an de refus israélien. Leur départ s’inscrit dans un assouplissement progressif des contrôles frontaliers, dans un contexte où les conditions humanitaires à Gaza sont qualifiées d’ »intenables », avec une famine imminente selon les agences de l’ONU.
Ce changement intervient alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, fait face à des pressions internes et internationales. Certains de ses alliés d’extrême droite souhaitent voir la bande de Gaza vidée de ses habitants, et la récente proposition de Donald Trump d’en faire une zone balnéaire sans Palestiniens a trouvé un écho chez plusieurs membres du gouvernement israélien. Le ministre de l’Intérieur Moshe Arbel a même salué l’initiative de Trump, évoquant une collaboration pour « transformer Gaza en paradis ».
Officiellement, Israël nie tout lien direct entre ces départs et le projet de réinstallation évoqué par l’ex-président américain. Plusieurs responsables israéliens assurent qu’il s’agit simplement de répondre à des demandes d’États tiers soucieux d’évacuer certains de leurs ressortissants ou des personnes vulnérables. Le ministère français des Affaires étrangères, qui a accueilli plusieurs familles, a rappelé son opposition à tout déplacement forcé de population.
Malgré cette ouverture limitée, la majorité des 2,1 millions d’habitants de Gaza reste bloquée. L’ONG israélienne Gisha dénonce une politique « opaque, incohérente et partielle », notant que des milliers de Palestiniens remplissent théoriquement les critères pour quitter le territoire. Les Gazaouis qui parviennent à fuir sont souvent des binationaux, des étudiants ou des malades bénéficiant de programmes d’évacuation médicale.
Le voyage vers la sortie reste périlleux, semé d’embûches logistiques et émotionnelles. Les familles doivent traverser un territoire ravagé par les bombardements, souvent sous escorte militaire, avec pour tout bagage un sac par personne. À l’arrivée, certains redécouvrent le goût de la viande après des mois de disette. D’autres, comme Ayoub, oscillent entre soulagement d’avoir sauvé leurs enfants et culpabilité d’avoir laissé des proches derrière.
« Un instant je suis heureux, l’instant d’après, je me souviens de ce qui se passe à Gaza », résume Ayoub, endeuillé par la mort de plusieurs membres de sa famille dans les bombardements, dont son neveu, qui n’a jamais pu utiliser la bourse universitaire qu’il avait obtenue en France. Comme lui, de nombreux Gazaouis qui ont fui affirment n’avoir qu’un souhait : rentrer dès que la paix le permettra.