La rencontre entre l’archevêque orthodoxe Alexei, responsable de l’Alaska au sein de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA), et Vladimir Poutine a suscité une vive polémique aux États-Unis. Les évêques de l’Église orthodoxe ukrainienne d’Amérique ont dénoncé ce geste comme une « trahison du témoignage chrétien », dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine.
Vendredi, après le sommet entre le président russe et Donald Trump en Alaska, Alexei a échangé des salutations chaleureuses et des icônes avec Vladimir Poutine au cimetière national de Fort Richardson, où le chef du Kremlin avait déposé des fleurs sur les tombes de pilotes soviétiques morts durant la Seconde Guerre mondiale. « La Russie nous a donné ce que nous avons de plus précieux, la foi orthodoxe, et nous lui en serons toujours reconnaissants », a déclaré l’archevêque, évoquant l’héritage des missionnaires russes venus en Alaska à l’époque tsariste.
Ces propos ont provoqué l’indignation de l’Église orthodoxe ukrainienne des États-Unis, dont les dirigeants, le métropolite Antony et l’archevêque Daniel, ont dénoncé dans un communiqué « un scandale pour les fidèles » et « une approbation implicite des crimes » imputés au régime russe. « Le gouvernement russe est responsable de l’invasion de l’Ukraine, de la mort de centaines de milliers de personnes, de la disparition d’innocents et de la destruction de familles », ont-ils affirmé. « On ne peut ni excuser ni blanchir le mal. »
Poutine, visé depuis 2023 par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre en Ukraine, a offert à Alexei des icônes de saint Herman d’Alaska et de la Vierge Marie, reçues par l’archevêque avec le signe de croix et un baiser rituel. En retour, il lui a remis une icône reçue lors de son ordination épiscopale.
Face aux critiques, Alexei a adressé un message explicatif aux prêtres d’Alaska. Il a souligné que son geste n’était pas une approbation des politiques actuelles de Moscou mais un hommage à l’histoire des missionnaires orthodoxes. « Même si le plus grand pécheur se tenait à mes côtés, l’honneur rendu aux icônes ne lui est pas destiné mais à Dieu », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que « ces gestes sacrés peuvent être mal compris ».
La controverse illustre les divisions au sein de l’orthodoxie, exacerbées depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Plusieurs juridictions orthodoxes coexistent aux États-Unis, issues de différentes communautés immigrées. L’OCA, à laquelle appartient Alexei, est issue historiquement de l’Église orthodoxe russe, tandis que l’Église orthodoxe ukrainienne d’Amérique s’oppose farouchement au rapprochement avec Moscou.
En toile de fond, le patriarche de Moscou, Kirill, proche allié de Poutine, a béni la guerre en Ukraine en la qualifiant de « sainte », tandis que Kiev a adopté des mesures pour restreindre l’influence des structures religieuses liées à la Russie. L’affaire Alexei-Poutine révèle combien le conflit ukrainien s’étend aussi au terrain spirituel, où la foi orthodoxe devient un enjeu de pouvoir et de légitimité.