Turquie : vaste vague d’arrestations d’opposants politiques sous couvert de lutte contre la corruption
Turquie : vaste vague d’arrestations d’opposants politiques sous couvert de lutte contre la corruption

Les autorités turques ont arrêté cette semaine près de 500 personnes, dont des figures majeures de l’opposition politique, dans le cadre d’une enquête anticorruption d’une ampleur inédite. Au moins 220 d’entre elles ont été placées en détention provisoire, parmi lesquelles 14 maires élus du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), selon des sources officielles citées ce jeudi.

Cette opération marque l’une des plus vastes répressions politiques en Turquie depuis des décennies. Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié l’enquête de « poursuite légitime d’une pieuvre de la corruption », affirmant que le réseau visé « s’étendait dans tous les organes de l’administration locale et avait pour but de miner l’État de l’intérieur ».

Mais pour de nombreux observateurs, cette campagne a tout d’une purge politique. Les arrestations touchent en priorité les membres de la CHP, principal adversaire du pouvoir, déjà fragilisé depuis l’incarcération en mars dernier du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, lui-même inculpé pour corruption dans une affaire que ses partisans qualifient de montage politique.

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du pays, notamment à Istanbul, Izmir et Ankara, où des milliers de personnes ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une tentative d’écrasement méthodique de l’opposition. « C’est un coup d’État contre les urnes, contre la démocratie », a déclaré un député du CHP devant le Parlement.

Le gouvernement affirme que l’opération repose sur des preuves solides, dont des écoutes téléphoniques, des transferts de fonds suspects et des contrats publics attribués en violation des règles de transparence. Le ministre de l’Intérieur a précisé que « les maires arrêtés avaient participé à un système structuré de détournement de fonds publics ».

Mais les critiques se multiplient, en Turquie comme à l’étranger. Des ONG de défense des droits humains et plusieurs chancelleries occidentales ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’elles perçoivent comme un glissement autoritaire du régime turc, accusé de criminaliser toute dissidence sous couvert de lutte contre la corruption ou le terrorisme.

Alors que le pays s’enfonce dans une crise économique persistante, cette nouvelle vague de répression pourrait encore aggraver les tensions internes. Pour Erdogan, il s’agit officiellement de restaurer la confiance dans les institutions ; pour ses opposants, d’éliminer les derniers contre-pouvoirs avant les élections générales de 2028.

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