Trump veut transformer un jet qatari en Air Force One, quitte à alléger les exigences de sécurité
Trump veut transformer un jet qatari en Air Force One, quitte à alléger les exigences de sécurité

Le président américain Donald Trump souhaite ardemment pouvoir voler à bord d’un nouvel Air Force One d’ici la fin de son mandat. Pour cela, il envisage de convertir un luxueux jet offert par la famille royale du Qatar. Mais pour que l’appareil soit conforme aux standards de sécurité extrêmement stricts exigés pour transporter un chef d’État, un dilemme se profile : respecter pleinement les normes de défense et de communication — ou gagner du temps en y renonçant partiellement.

L’appareil, un long-courrier à quatre moteurs, a été présenté comme un don sans frais au gouvernement américain. Trump s’en est félicité, affirmant que le pays avait obtenu l’avion « gratuitement », tout en déclarant : « Nous en avons besoin comme Air Force One tant que les autres ne sont pas prêts. » Mais selon un haut responsable américain, l’adaptation du jet qatari aux normes présidentielles pourrait coûter jusqu’à 1,5 milliard de dollars et prendre des années — une perspective incompatible avec les ambitions de Trump pour un usage rapide.

Le secrétaire de l’Air Force Troy Meink a estimé jeudi devant le Congrès que les modifications sécuritaires coûteraient « moins de 400 millions de dollars », sans entrer dans les détails. Ces ajustements incluraient normalement des systèmes de communication cryptés, des protections anti-missiles, un blindage contre les impulsions électromagnétiques (comme celles provoquées par une explosion nucléaire), ainsi que des capacités de commandement militaire en toutes circonstances — autant d’éléments nécessaires à la survie et au fonctionnement de l’appareil en cas de crise.

Toutefois, Trump pourrait opter pour une version allégée, en abandonnant certaines de ces mesures au profit d’une mise en service accélérée. Il aurait la possibilité, en tant que commandant en chef, de lever certaines exigences, par exemple en renonçant au blindage contre les impulsions électromagnétiques, ce qui réduirait considérablement les délais et les coûts, tout en augmentant les risques en situation extrême. Un ancien chef de la protection au sein des services secrets américains, Paul Eckloff, a rappelé que « le rôle des services secrets est de gérer les risques, pas de les éliminer ».

Trump semble attaché à l’image de l’appareil autant qu’à sa sécurité. Il conserve dans le Bureau ovale une maquette du futur Air Force One avec un design plus sombre, rappelant son avion personnel, plutôt que l’historique livrée bleu ciel utilisée depuis des décennies.

Des figures du Congrès, comme la sénatrice démocrate Tammy Duckworth, s’inquiètent d’une mise en service précipitée d’un avion potentiellement vulnérable. « Il serait irresponsable d’y embarquer le président et des équipements de sécurité nationale sans avoir la certitude que l’appareil peut résister à une attaque nucléaire », a-t-elle dénoncé, qualifiant l’opération de « gaspillage d’argent public ».

Pendant ce temps, le programme officiel de remplacement d’Air Force One par Boeing continue de s’enliser, avec plus de 5,3 milliards de dollars engagés et des retards dus à des problèmes techniques comme des fissures de corrosion et une mauvaise isolation acoustique. Le premier des deux nouveaux 747 pourrait ne pas être prêt avant la fin du mandat actuel de Trump. Si ce dernier parvient à faire voler le jet qatari d’ici là, ce serait au prix d’un compromis risqué entre prestige, urgence politique et sécurité nationale.

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