Face à une nouvelle escalade des tensions avec la Thaïlande, le Cambodge a annoncé dimanche avoir officiellement saisi la Cour internationale de justice (CIJ) afin de résoudre pacifiquement un différend frontalier vieux de plusieurs décennies. Cette démarche intervient après la mort d’un soldat cambodgien lors d’une escarmouche armée le 28 mai sur un tronçon contesté de la frontière commune, longue de 820 kilomètres.
« Le Cambodge choisit une résolution pacifique basée sur le droit international à travers le mécanisme de la CIJ », a déclaré le Premier ministre Hun Manet dans une publication Facebook, accompagnée d’une photo du vice-Premier ministre Prak Sokhonn tenant une enveloppe destinée à La Haye. Le contenu exact de cette lettre n’a pas été rendu public.
La réaction de la Thaïlande ne s’est pas fait attendre. Si Bangkok n’a pas officiellement commenté la démarche, les autorités thaïlandaises ont toujours affirmé ne pas reconnaître la compétence de la CIJ pour régler leurs différends bilatéraux, privilégiant une résolution par la voie du dialogue. Mais les discussions tenues ce week-end à Phnom Penh n’ont, pour l’instant, pas permis de désamorcer la crise.
Selon Hun Manet, les différends frontaliers dans quatre zones, dont celle où a eu lieu l’affrontement mortel, sont devenus trop « complexes » pour être résolus par des mécanismes bilatéraux et comportent « un risque élevé d’escalade militaire ». Le Cambodge estime que le recours au droit international est désormais la seule option viable.
Le différend frontalier entre les deux pays remonte à la période coloniale et a déjà été partiellement tranché par la CIJ à deux reprises. En 1962, la Cour avait reconnu la souveraineté du Cambodge sur le temple de Preah Vihear. Puis en 2013, elle avait précisé que le terrain environnant relevait également de la souveraineté cambodgienne. Mais d’autres portions de la frontière restent non délimitées et régulièrement contestées.
Dans un contexte de montée du nationalisme, les deux pays multiplient les gestes de rétorsion symboliques et économiques. Bangkok a menacé de fermer la frontière et de couper l’approvisionnement en électricité à son voisin, tandis que Phnom Penh a annoncé qu’elle cesserait d’acheter de l’électricité, de la bande passante internet et des biens thaïlandais. Le gouvernement cambodgien a également ordonné aux chaînes de télévision locales de suspendre la diffusion de films thaïlandais.
Alors que les tensions persistent, la communauté internationale observe avec inquiétude une situation potentiellement explosive entre deux membres clés de l’ASEAN. Le recours à la CIJ pourrait ouvrir la voie à un règlement pacifique, mais dépendra largement de la volonté de la Thaïlande de reconnaître et de se conformer à une décision de justice internationale.