NAIROBI – À la veille d’une grande manifestation attendue mercredi à Nairobi, capitale du Kenya, un climat de tension grandit alors que des groupes de jeunes hommes armés de bâtons et de matraques promettent de « défendre » la ville contre ce qu’ils considèrent comme des manifestants violents. Cette mobilisation controversée survient un an jour pour jour après une manifestation massive qui avait dégénéré en prise d’assaut du Parlement et causé plusieurs morts par balles.
Parmi ces contre-manifestants figure Swaleh Aroko, 34 ans, originaire du bidonville de Korogocho. Il affirme défendre les biens des commerçants du centre-ville contre certains manifestants accusés de pillage. « On n’a pas besoin de brûler notre pays », déclare-t-il à Reuters, tout en esquivant les questions sur son implication directe dans les violences. Selon lui, les incidents sont la conséquence du comportement de « quelques manifestants qui jettent des pierres ».
Depuis deux semaines, des journalistes de Reuters ont observé à plusieurs reprises ces hommes – appelés « voyous » par les protestataires – accompagnant les forces de l’ordre et frappant les manifestants à l’aide de fouets en caoutchouc et de bâtons. Ronald Otieno, un autre contre-manifestant, affirme que leur objectif est d’empêcher les débordements. Mais leur présence, perçue comme une forme de milice pro-gouvernementale, attise les inquiétudes quant à une escalade de la violence.
Le gouverneur de Nairobi a nié toute implication dans l’organisation ou le soutien de ces groupes, et la police nationale a déclaré ne pas collaborer avec de tels éléments. Dans un message adressé à Reuters, le porte-parole de la police, Muchiri Nyaga, a assuré que des vidéos d’incidents récents étaient en cours d’analyse pour d’éventuelles poursuites. « Le Service national de police ne travaille PAS avec des ‘voyous’ », a-t-il écrit.
Les manifestations actuelles trouvent leur origine dans la mort d’un blogueur, Albert Ojwang, décédé en garde à vue dans des circonstances non élucidées. Son décès a ravivé la colère contre la brutalité policière et les abus présumés des forces de sécurité. Les rassemblements qui ont suivi, bien que majoritairement pacifiques selon les observateurs, ont parfois été marqués par des violences isolées, notamment l’incendie de deux véhicules à Nairobi le 12 juin et des affrontements entre manifestants et contre-manifestants.
Alors que les manifestants dénoncent une tentative de museler la dissidence populaire, les autorités et leurs partisans affirment vouloir maintenir l’ordre public. La perspective d’une manifestation nationale mercredi, en souvenir de la répression sanglante de l’an dernier, soulève donc des craintes légitimes d’un nouvel embrasement. Dans ce contexte explosif, la présence de civils armés dans les rues et leur lien supposé avec les forces de l’ordre ajoutent une nouvelle couche d’inquiétude à une situation déjà extrêmement volatile.