Au poste-frontière de Rafah, entre la bande de Gaza et l’Égypte, des Palestiniens ont attendu des heures mardi dans l’espoir de pouvoir enfin passer. La réouverture annoncée la veille s’est heurtée à des retards, des interrogatoires et une grande incertitude sur les personnes réellement autorisées à franchir le point de passage.
Côté égyptien, se trouvaient des Palestiniens ayant fui Gaza pour se faire soigner au début de la guerre entre Israël et le Hamas. Côté gazaoui, des malades rassemblés dans un hôpital de Khan Younis ont été transportés en ambulance vers Rafah, dans l’attente d’un feu vert. Les autorités du Sinaï Nord ont confirmé qu’un nombre indéterminé de patients et de leurs accompagnants avaient finalement pu entrer en Égypte.
Lundi, il a fallu plus de dix heures pour que seulement une poignée de personnes traverse dans chaque sens. Trois femmes revenues à Gaza ont affirmé avoir été menottées, les yeux bandés, puis interrogées pendant des heures par des soldats israéliens avant d’être relâchées. Les chiffres sont restés très en deçà des 50 personnes par sens initialement évoquées, alors que des dizaines de milliers de Palestiniens espèrent soit se faire soigner à l’étranger, soit rentrer chez eux.
Une ouverture jugée largement insuffisante
Les convois d’évacuation se sont organisés autour d’un hôpital du Croissant-Rouge à Khan Younis, avec la présence d’équipes de l’Organisation mondiale de la santé. Mais selon les responsables médicaux, le nombre de malades autorisés à sortir reste dérisoire au regard de l’effondrement du système de santé gazaoui après deux ans de combats.
Le directeur de l’hôpital Shifa à Gaza-ville a dénoncé une « gestion de crise, pas une solution à la crise », appelant à l’entrée urgente de médicaments et de matériel médical. Le Croissant-Rouge palestinien a indiqué que seuls 16 patients, accompagnés de 40 proches, avaient été acheminés mardi vers Rafah, bien moins que prévu.
Des problèmes logistiques ont également ralenti les passages. Des désaccords sont apparus sur la quantité de bagages autorisée. Des Palestiniens ont expliqué avoir dû abandonner presque toutes leurs affaires avant de pouvoir franchir la frontière, ne conservant que les vêtements portés et un seul sac par personne.
Le rythme actuel laisse présager une attente interminable pour les quelque 20 000 blessés et malades que le ministère de la Santé de Gaza estime devoir être évacués à l’étranger. Les autorités égyptiennes affirment pourtant que 150 hôpitaux sont prêts à accueillir des patients.
La réouverture de Rafah est considérée comme un élément clé de la seconde phase du cessez-le-feu. Lors d’une rencontre à Jérusalem avec l’émissaire américain Steve Witkoff, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé l’exigence d’un désarmement du Hamas avant toute reconstruction.
Mardi, un jeune Palestinien de 19 ans a par ailleurs été tué par balles dans le sud de Gaza, selon l’hôpital Nasser. L’armée israélienne a indiqué ne pas avoir connaissance de l’incident. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 500 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre.