Pékin envisage jusqu’à 120 Airbus supplémentaires : un signal fort au cœur de la rivalité aéronautique
Pékin envisage jusqu’à 120 Airbus supplémentaires : un signal fort au cœur de la rivalité aéronautique

En déplacement officiel en Chine, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé que les autorités chinoises envisageaient de commander « un plus grand nombre d’appareils supplémentaires » auprès d’Airbus, pour un total pouvant atteindre 120 avions. La déclaration, faite après un dîner avec le président Xi Jinping, s’inscrit à ce stade dans une intention politique de haut niveau, sans détail sur la répartition entre compagnies ni sur le calendrier des livraisons.

Si elle se concrétise, une telle commande constituerait l’un des engagements les plus significatifs d’acteurs chinois envers un constructeur occidental depuis plusieurs années. Dans un contexte de tensions commerciales persistantes entre Pékin et Washington, le signal serait autant industriel que diplomatique.

Un atout industriel européen en Chine

Airbus dispose d’une implantation industrielle stratégique en Chine, notamment avec une ligne d’assemblage final à Tianjin dédiée à la famille A320. Le groupe européen a décidé d’y ajouter une seconde chaîne, renforçant sa capacité à produire localement des monocouloirs destinés au marché asiatique. Cette présence durable a contribué à consolider ses positions commerciales face à la concurrence américaine.

Un engagement portant sur 120 appareils, sans précision sur les modèles concernés, s’inscrirait logiquement dans la dynamique actuelle du marché chinois. Le pays, redevenu l’un des plus dynamiques au monde après la crise sanitaire, nécessite des volumes considérables d’avions neufs pour répondre à la croissance du trafic intérieur et international.

Dans l’hypothèse d’un achat centralisé soutenu par l’État, les principaux bénéficiaires seraient probablement les trois grands groupes publics que sont Air China, China Southern Airlines et China Eastern Airlines. Ces compagnies demeurent les piliers du transport aérien chinois.

Boeing en difficulté, Comac en montée progressive

L’annonce intervient dans un contexte délicat pour Boeing en Chine. Le constructeur américain peine à regagner du terrain, les commandes du 737 MAX restant limitées et aucun méga-contrat comparable n’ayant été enregistré récemment. Les tensions géopolitiques, les questions de certification et les arbitrages politiques pèsent sur ses perspectives dans le pays.

Parallèlement, la Chine poursuit le développement de son industrie aéronautique nationale avec Comac. Le biréacteur régional C909 et surtout le C919, conçu pour concurrencer directement les familles Airbus A320neo et Boeing 737 MAX, montent progressivement en cadence. Les grands transporteurs publics ont commencé à intégrer ces appareils dans leurs flottes, même si les volumes produits demeurent encore modestes au regard des besoins du marché.

Le projet d’un nouveau bloc de 120 Airbus ne remet pas en cause la stratégie chinoise visant à renforcer son autonomie industrielle. Il souligne toutefois les limites actuelles de capacité de production et d’étendue de gamme de Comac, notamment sur les segments long-courriers. Le marché domestique chinois exige des livraisons rapides et massives qu’aucun constructeur ne peut, à lui seul, absorber à court terme. Pour Airbus, une confirmation officielle d’un tel contrat consoliderait un carnet de commandes déjà très fourni et renforcerait son positionnement face à Boeing sur un marché stratégique. Pour Pékin, il s’agirait d’un arbitrage pragmatique entre ambition industrielle nationale et impératif de répondre à une demande croissante en transport aérien.

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