Un tribunal d’Islamabad a condamné vendredi sept personnes à la prison à vie, dont trois journalistes, deux youtubeurs et deux anciens officiers de l’armée, après les avoir reconnues coupables d’incitation à la violence et de diffusion de discours de haine contre les institutions de l’État. Le verdict a été rendu par un juge antiterroriste à l’issue de procès menés par contumace, les accusés vivant tous à l’étranger depuis plusieurs années afin d’échapper à une arrestation.
Parmi les condamnés figurent l’ancien rédacteur en chef Shaheen Sehbai, les journalistes Sabir Shakir et Moeed Pirzada, les youtubeurs Wajahat Saeed Khan et Haider Raza Mehdi, ainsi que les officiers retraités Adil Raja et Akbar Hussain. Selon l’ordonnance du tribunal, les poursuites sont liées aux violentes émeutes de mai 2023, déclenchées après l’arrestation de l’ancien Premier ministre Imran Khan dans une affaire de corruption.
À l’époque, des milliers de partisans de Khan avaient attaqué des installations militaires, incendié des bâtiments publics, saccagé la résidence d’un haut gradé de l’armée et endommagé le siège de la radio nationale. Le parquet affirme que les sept hommes, connus pour leur soutien public à Khan, ont encouragé ces violences le 9 mai 2023, dans un contexte où l’ancien chef du gouvernement accusait l’armée pakistanaise et les États-Unis d’avoir orchestré sa destitution. Ces accusations ont été rejetées par Washington, par l’armée pakistanaise et par le Premier ministre Shehbaz Sharif, arrivé au pouvoir après la chute de Khan en avril 2022.
Sabir Shakir a déclaré à l’Associated Press qu’il considérait sa condamnation comme une « victimisation politique », affirmant qu’il se trouvait à l’étranger au moment des faits reprochés et que le procès s’était tenu sans que ses avocats puissent plaider. Les autres condamnés n’étaient pas joignables dans l’immédiat. Le tribunal a ordonné leur arrestation et leur incarcération s’ils revenaient au Pakistan, tout en leur accordant un délai de sept jours pour faire appel.
Cette affaire intervient dans un climat de plus en plus tendu pour la liberté d’expression au Pakistan. Des organisations de défense des droits humains et des syndicats de journalistes dénoncent un rétrécissement de l’espace médiatique, tandis que le gouvernement affirme soutenir la liberté de la presse tout en rappelant que journalistes et créateurs de contenus doivent respecter des principes éthiques et professionnels.