Le militant franco-israélien Ofer Bronchtein, président et cofondateur du Forum international pour la paix, est mort lundi à Paris, à l’âge de 69 ans. Figure singulière du dialogue israélo-palestinien, il aura consacré sa vie à défendre la solution à deux États, souvent à contre-courant des logiques de guerre et de repli.
Né en 1957 à Beer-Sheva, dans le Néguev, Ofer Bronchtein avait grandi entre Israël et la France. Selon l’Élysée, il rejoint la France enfant, avant de retourner en Israël à l’adolescence, puis de s’installer à Tel-Aviv dans le quartier populaire de Shkhunat Hatikva. C’est là que se forgent ses convictions : justice sociale, dialogue avec les Palestiniens et refus de l’engrenage de la haine.
Son engagement prend une dimension politique dès les années 1980. En 1987, il rencontre Mahmoud Abbas en Espagne, alors que la loi israélienne interdit les contacts avec l’Organisation de libération de la Palestine. Cette rencontre lui vaut une incarcération à son retour en Israël, mais elle marque aussi le début d’un parcours entièrement tourné vers la reconnaissance mutuelle. Plus tard, proche d’Yitzhak Rabin, il suit de près les négociations qui conduisent aux accords d’Oslo, symbole d’un moment où la paix semblait encore possible.
En 2002, Ofer Bronchtein cofonde avec Anis el Qaq le Forum international pour la paix, installé à Paris. L’organisation se donne pour mission de bâtir des passerelles entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi entre les sociétés civiles d’Europe, du Moyen-Orient et de la Méditerranée. Le Forum affirme travailler depuis plus de vingt ans au dialogue, à la coopération éducative, culturelle, économique et sociale, avec l’idée que la paix ne peut pas être seulement diplomatique : elle doit aussi devenir concrète dans la vie des peuples.
Mahmoud Abbas lui avait remis un passeport palestinien en hommage à son engagement pour la paix
Bronchtein était une figure rare : Israélien, juif, militant de la reconnaissance de l’État palestinien, et détenteur depuis 2011 d’un passeport palestinien remis par Mahmoud Abbas, en hommage à son engagement pour la paix. Ce symbole résumait une grande partie de son parcours : appartenir à un peuple sans renoncer à entendre la douleur de l’autre.
À partir de 2020, Emmanuel Macron lui confie une mission liée à la paix et au rapprochement israélo-palestinien. Bronchtein défend alors, avec insistance, la reconnaissance d’un État palestinien par la France, parallèlement à la reconnaissance d’Israël par les États arabes et musulmans. En septembre 2025, lorsque la France reconnaît l’État de Palestine à l’ONU, l’Élysée présente ce moment comme un jalon important dans le combat qu’il menait depuis des décennies.
Malade ces derniers mois, souffrant notamment d’une maladie respiratoire, il avait continué à intervenir publiquement et à défendre ses convictions.
Jusqu’au bout, Ofer Bronchtein aura voulu transformer le langage de la guerre en projets politiques. En février 2025, il présente notamment le rapport « Imagine Gaza », un plan de reconstruction pour Gaza sur la période 2025-2035, proposant une Autorité internationale de reconstruction, une force de maintien de la paix, une zone économique spéciale et un fonds dédié à la reconstruction.
Avec Ofer Bronchtein disparaît un homme d’espérance, un militant persuadé que la coexistence entre un État d’Israël et un État palestinien était une nécessité vitale.
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