La Russie a tiré dans la nuit un missile hypersonique sur une cible située dans l’ouest de l’Ukraine, à proximité immédiate de la frontière avec la Pologne, membre de l’OTAN. Cette frappe, revendiquée par Moscou, a été perçue par les alliés européens de Kiev comme une tentative d’intimidation visant à freiner leur soutien militaire à l’Ukraine.
Selon les autorités russes, le missile hypersonique Oreshnik a été utilisé en représailles à ce qu’elles qualifient de tentative d’attaque ukrainienne par drone contre l’une des résidences du président Vladimir Poutine le mois dernier. Kiev a démenti catégoriquement cette version, qualifiant l’accusation de mensongère, une position également reprise par les États-Unis.
Il s’agit seulement de la deuxième utilisation connue de ce missile balistique à portée intermédiaire depuis le début du conflit. Capable, selon Moscou, de voler à des vitesses extrêmes et d’échapper aux systèmes de défense, l’Oreshnik peut emporter des ogives nucléaires, bien que les autorités ukrainiennes aient indiqué que celui tiré dans la nuit semblait équipé de charges inertes. La frappe s’est inscrite dans une vague plus large d’attaques aériennes qui ont, selon Kiev, causé la mort d’au moins quatre personnes à Kyiv, provoqué des coupures massives d’électricité et endommagé l’ambassade du Qatar.
Dans la région de Lviv, un haut responsable ukrainien a indiqué que le missile avait touché un atelier appartenant à une entreprise publique, causant des dégâts limités mais laissant plusieurs cratères dans les environs boisés. Le service de sécurité ukrainien a accusé la Russie de chercher à détruire des infrastructures civiles alors que des conditions hivernales rigoureuses compliquent déjà la vie des habitants.
La réaction européenne a été immédiate. La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a dénoncé une « escalade claire » et un avertissement adressé à l’Europe et aux États-Unis. Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé que ces « gestes menaçants » ne feraient pas vaciller le soutien occidental à l’Ukraine.
À Kyiv, les conséquences humaines ont été lourdes. Plus de vingt personnes ont été blessées et plus d’un demi-million de foyers se sont retrouvés sans électricité, eau ni chauffage, sous des chutes de neige et des températures avoisinant les –10 °C. Parmi les victimes figure un secouriste tué lors d’une frappe secondaire alors qu’il portait assistance à des habitants touchés par un drone.
Cette attaque intervient alors que des émissaires ukrainiens, américains et européens se sont réunis cette semaine à Paris pour tenter d’avancer vers un cadre de négociations de paix. Moscou, qui n’a guère montré de volonté de concessions, semble au contraire accentuer la pression militaire, faisant planer un risque accru d’escalade aux portes mêmes de l’Alliance atlantique.