Le parquet colombien a ouvert une nouvelle enquête visant l’ancien président Álvaro Uribe pour des faits liés à la création présumée d’un groupe paramilitaire, à deux massacres et à l’assassinat d’un défenseur des droits humains. L’information a été confirmée par une source proche du dossier ainsi que par un message publié par l’ancien chef de l’État sur les réseaux sociaux.
Âgé de 73 ans, Álvaro Uribe a dirigé la Colombie pendant deux mandats consécutifs entre 2002 et 2010. Figure majeure de la droite colombienne, il demeure l’un des responsables politiques les plus influents du pays, mais également l’un des plus controversés en raison des nombreuses accusations portées contre lui au fil des années.
Cette nouvelle procédure intervient alors qu’Uribe est déjà au cœur d’une longue saga judiciaire. L’an dernier, il avait été condamné pour fraude et corruption dans une affaire de manipulation présumée de témoins. Cette décision, qui aurait pu conduire à une peine de douze ans d’assignation à résidence, a été annulée en appel mais reste actuellement examinée par la plus haute juridiction du pays.
Selon les accusations examinées dans cette précédente affaire, l’ancien président aurait demandé à un avocat de soudoyer des paramilitaires emprisonnés afin qu’ils discréditent des témoignages le reliant à ces organisations armées. Uribe a toujours rejeté ces accusations, affirmant être victime d’une persécution politique.
L’enquête actuelle porte sur les groupes paramilitaires qui ont joué un rôle majeur dans le conflit armé colombien. Financées notamment par des éleveurs, des propriétaires terriens et des commerçants pour lutter contre les guérillas de gauche, ces organisations sont tenues pour responsables d’une part considérable des violences qui ont marqué le pays. Une commission de vérité estime qu’elles sont impliquées dans près de la moitié des quelque 450 000 morts recensés durant le conflit entre 1985 et 2018.
Les difficultés judiciaires de la famille Uribe se sont également accrues l’an dernier lorsque le frère de l’ancien président a été condamné à 25 ans de prison pour des crimes liés aux paramilitaires. Cette décision a renforcé l’attention portée aux liens présumés entre certains membres de l’entourage d’Uribe et ces groupes armés.
Selon une source du parquet, Álvaro Uribe a été convoqué pour être interrogé dans le cadre de cette nouvelle enquête. Aucune date n’a toutefois encore été fixée. Cette procédure intervient dans un contexte politique sensible, à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle colombienne, où le sénateur de gauche Ivan Cepeda, impliqué dans plusieurs dossiers judiciaires liés à Uribe, est candidat.
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