Le Ghana s’était engagé à accueillir des ressortissants ouest-africains expulsés des États-Unis dans le cadre d’un accord annoncé en septembre. Mais selon des avocats, des documents judiciaires et des témoignages recueillis par Reuters, les autorités ghanéennes ont ensuite renvoyé systématiquement une partie de ces personnes vers leurs pays d’origine, y compris lorsque certaines bénéficiaient d’une protection judiciaire américaine censée empêcher tout retour forcé.
Le cas de Rabbiatu Kuyateh, 58 ans, illustre ces pratiques. Après avoir obtenu d’un juge américain une suspension d’expulsion vers la Sierra Leone en raison de risques de torture, elle a été expulsée vers le Ghana début novembre, puis détenue plusieurs jours avant d’être renvoyée de force dans son pays natal. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux la montre traînée par des agents en uniforme jusqu’à un véhicule à Accra.
Selon un décompte établi par Reuters à partir de témoignages d’avocats et de plaintes déposées auprès des Nations unies, au moins 22 personnes expulsées des États-Unis vers le Ghana auraient ensuite été renvoyées vers leurs pays d’origine, malgré des décisions judiciaires américaines visant à éviter précisément ce scénario. Des pratiques similaires auraient été observées en Guinée équatoriale, qui aurait renvoyé au moins trois migrants bénéficiant eux aussi de protections aux États-Unis.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent un contournement du principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque persécution ou torture. Pour elles, l’utilisation de pays tiers comme le Ghana ou la Guinée équatoriale permettrait à l’administration de Donald Trump d’accélérer les expulsions sans respecter pleinement les garanties prévues par le droit international.
Les autorités américaines rejettent ces accusations. Le département de la Sécurité intérieure affirme que toutes les personnes expulsées étaient en situation irrégulière, qu’elles ont bénéficié d’une procédure régulière et que, une fois confiées à un autre État, la responsabilité de leur sort ne relève plus de Washington. Accra, de son côté, assure ne recevoir que des ressortissants ouest-africains sans casier judiciaire et reconnaît que les personnes arrivées sont ensuite « traitées et renvoyées » vers leurs pays d’origine.
Le gouvernement ghanéen a ouvert une enquête sur le traitement infligé à Kuyateh, sans en publier les conclusions à ce stade. Aucun lien formel n’a pu être établi entre cette coopération migratoire et les gestes récents de Washington en matière de visas ou de droits de douane en faveur du Ghana, même si des responsables ghanéens ont reconnu que ces sujets avaient été évoqués lors d’échanges diplomatiques.