Alors que le conflit entre la Russie et l’Ukraine entre dans sa quatrième année, l’ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valery Zaloujny, a jeté un pavé dans la mare en affirmant que Kiev ne devait plus nourrir l’illusion d’un retour aux frontières de 1991. Lors d’un discours prononcé jeudi à Kiev, celui qui est aujourd’hui ambassadeur au Royaume-Uni a déclaré qu’aucune intervention miraculeuse ne restaurerait l’intégrité territoriale perdue depuis l’invasion russe.
« J’espère qu’il n’y a plus personne dans cette salle qui espère encore un miracle ou un signe de chance qui ramènera la paix en Ukraine, aux frontières de 1991 ou de 2022 », a déclaré Zaloujny, soulignant que l’ennemi disposait encore de « ressources, de forces et de moyens pour frapper notre territoire et tenter des offensives spécifiques ».
Cette prise de parole contraste avec la ligne officielle du président Volodymyr Zelensky, qui continue d’appeler à un retour aux frontières internationalement reconnues avant l’annexion de la Crimée en 2014. Néanmoins, Zelensky reconnaît lui-même que la reprise totale des territoires occupés ne pourra se faire que par la diplomatie et dans le temps. Le Kremlin contrôle aujourd’hui environ 20 % du territoire ukrainien, y compris de larges pans de l’est du pays et la Crimée.
Zaloujny, figure très populaire depuis les premières années de guerre, a été démis de ses fonctions en février 2024, en raison de désaccords persistants avec la présidence. Sa nouvelle fonction diplomatique à Londres ne l’empêche pas de rester une voix écoutée et respectée. Son analyse, lucide et stratégique, marque une inflexion dans le discours public ukrainien, de plus en plus tourné vers des objectifs réalistes à moyen terme.
Il a insisté sur la nécessité pour l’Ukraine de baser sa stratégie militaire sur des moyens technologiques avancés plutôt que sur des offensives humaines coûteuses. « Nous ne pouvons parler que d’une guerre de survie de haute technologie, avec un minimum de ressources humaines et économiques pour un bénéfice maximal », a-t-il déclaré. Il a également rappelé la dépendance croissante de l’Ukraine vis-à-vis de l’aide occidentale et la fragilité économique du pays.
Cette vision rejoint les propos du maire de Kiev, Vitali Klitschko, qui a récemment admis que l’Ukraine pourrait être contrainte de céder temporairement des territoires dans le cadre d’un futur accord de paix, bien qu’une majorité de la population reste fermement opposée à toute concession territoriale.
Alors que l’Union européenne a annoncé de nouvelles sanctions contre Moscou cette semaine, et que Vladimir Poutine propose de discuter d’un mémorandum sur les conditions d’un cessez-le-feu, les perspectives de paix demeurent floues. Pour Zaloujny, une seule certitude : il faudra désormais miser sur l’innovation militaire, et non sur des promesses illusoires.