Moins de quarante-huit heures après l’entrée en vigueur d’un fragile cessez-le-feu entre la Thaïlande et le Cambodge, l’armée thaïlandaise a accusé mercredi les forces cambodgiennes d’avoir violé à nouveau l’accord à trois endroits distincts le long de leur frontière disputée. Selon les autorités thaïlandaises, ces attaques, survenues dans la province de Sisaket, ont été menées avec des armes légères et des lance-grenades, provoquant une riposte immédiate en état de « légitime défense ».
Il s’agit du deuxième incident signalé depuis le cessez-le-feu négocié en Malaisie, entré en vigueur lundi à minuit, après cinq jours de combats intenses qui ont fait au moins 43 morts et provoqué le déplacement de plus de 300 000 civils des deux côtés de la frontière. L’accord avait été obtenu sous la pression du Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim et du président américain Donald Trump, qui avaient exhorté les deux parties à cesser les hostilités pour éviter une escalade majeure.
Le porte-parole de l’armée thaïlandaise, le major-général Winthai Suvaree, a dénoncé ces violations comme « un comportement qui ne respecte pas les accords, détruit les efforts de désescalade et porte atteinte à la confiance entre les deux pays ». Il a averti que si les agressions se poursuivent, les forces thaïlandaises pourraient être contraintes de répondre « de manière plus décisive ».
Ces tensions surviennent alors que des enjeux économiques majeurs se dessinent en toile de fond. Les deux pays sont confrontés à la menace de droits de douane américains pouvant atteindre 36 % sur leurs exportations, sauf si un compromis est trouvé avec Washington. Le président Trump, qui s’est entretenu séparément avec les dirigeants thaïlandais et cambodgien après la signature du cessez-le-feu, a indiqué avoir chargé son équipe commerciale d’ouvrir des négociations tarifaires, conditionnées à la stabilité régionale.
Sur le terrain, la situation reste tendue. Mardi, un obus d’artillerie tiré depuis le Cambodge a détruit une station-service et un magasin 7-Eleven dans la province de Sisaket, tuant plusieurs civils. Lors d’une cérémonie religieuse tenue mercredi, des proches des victimes ont exprimé leur douleur et leur colère, appelant à la fin des violences.
Alors que la communauté internationale appelle à la retenue et au respect du cessez-le-feu, l’avenir de la paix dans cette zone sensible reste incertain. Les deux pays, historiquement marqués par des différends frontaliers, semblent pris entre la tentation de l’escalade militaire et la pression économique croissante d’un environnement géopolitique instable.